[Tribune] Collectivités locales : il est temps de songer à de nouveaux leviers de financement

Etranglé par une dette abyssale frôlant les 100% du PIB, contraint à limiter ses déficits, l’Etat est plus impécunieux que jamais. Les collectivités locales en ressentent durement les effets, devant faire face au transfert de nombreuses compétences souvent peu ou pas compensé par les dotations correspondantes. C’est ainsi toute la sphère publique qui, face à la raréfaction de ses ressources et faute de pouvoir (vouloir ?) jouer réellement sur le volet dépense de ses budgets, a dangereusement tendance à actionner le seul levier qui lui reste et qu’elle puissent facilement actionner : celui de la fiscalité. Mais ce dernier arrive aussi au bout de sa course, toute nouvelle augmentation risquant d’avoir un lourd prix politique. Les collectivités locales doivent, plus que jamais, faire preuve de créativité pour créer de nouvelles sources de recettes qui ne soient pas seulement fiscales.

Riche d’une histoire deux fois millénaire (voire beaucoup plus, si l’on intègre notre considérable patrimoine préhistorique), la France bénéficie de formidables actifs où monuments, tissu culturel, œuvres d’art et paysages se conjuguent pour donner à une grande partie des territoires une identité forte. Plus que jamais, il appartient aux collectivités locales de capitaliser sur cette identité pour en faire un facteur d’attractivité économique. Plus encore, il nous semble que tourisme, culture et numérique peuvent constituer un puissant relais de croissance pour les recettes des collectivités locales si ces dernières savent les articuler. La ville d’Avignon possède par exemple un patrimoine exceptionnel que l’on connaît, mais qui est finalement peu valorisé. En travaillant avec des entreprises innovantes du numérique, elle pourrait par exemple développer une application ludique autour de l’histoire des papes dont elle deviendrait propriétaire, en s’inspirant, toute proportion gardée, du succès de Pokémon Go. Si le festival continuera bien sûr de constituer le pilier du rayonnement culturel d’Avignon, nous pouvons aussi dès à présent imaginer de nouveaux moyens de renforcer ce rayonnement : la création de contenus vidéos de visites virtuelles intégrant les meilleures technologies d’immersion pourrait donner accès, partout dans le monde, à un patrimoine que finalement trop peu de gens ont la chance de pouvoir visiter physiquement.

Si nous savons avoir l’audace d’ouvrir la culture sur des méthodes nouvelles de mise en valeur, nous pourrons toucher de nouveaux publics, stimuler les synergies et les passerelles entre les éléments de notre patrimoine, et finalement « rentabiliser » nos actifs communs au service de la société. En donnant l’impulsion pour des valorisations nouvelles d’actifs innombrables mais aujourd’hui sous-utilisés, nos collectivités locales capteront légitimement une richesse qui ne sera plus simplement le seul résultat d’une prédation légale.

Les pôles urbains le sentent désormais confusément, ils sont de fait en concurrence les uns avec les autres. Pour attirer les entreprises, les emplois et les visiteurs et les habitants, les collectivités locales doivent se concevoir non comme les gestionnaires d’une zone administrative mais comme des entrepreneurs au service de la vitalité de leur territoire. Dans cette posture nouvelle, elles sortiront du tout impôt pour inventer des partenariats fructueux.

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