EDITO – ‘ Attention ! Secousse sur le PAF ! ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO  de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

Attention ! Secousse sur le PAF

Mardi 29 Mai 2018, en toute fin d’après-midi, et ce alors que l’orage grondait à nouveau sur Paris, on a assisté incrédules à un véritable tremblement de terre dans l’Audiovisuel Français.

Le diffuseur historique du Championnat de France de Football venait de perdre tous les droits qu’il détenait pourtant sans discontinuer depuis 34 ans.

Il est vrai qu’avec le temps – et ce malgré les appels d’offres relancés tous les 4 ans comme autant de Coupes du Monde – nous nous étions habitués à ce qui semblait n’être au-final qu’un vrai/faux suspense tant l’emprise du diffuseur historique sur le Football Français était devenue incontournable.

Cette histoire d’amour et de passion, bien plus que d’argent d’ailleurs, entre le diffuseur historique et le Football avait pris racine dès le 9 novembre 1984 avec la retransmission de ce qui restera à jamais le premier match d’une longue série : c’était un Nantes-Monaco.

Après, et ce malgré la multiplication des réseaux de diffusion et des opérateurs concurrents capables eux-aussi de se positionner lors des différents appels d’offres – d’abord sur le câble et le satellite, puis sur l’Internet – le diffuseur historique avait jusqu’ici toujours su et pu mettre le juste prix pour rafler le meilleur du Championnat national. Par-delà l’acquisition des droits premium, le diffuseur historique avait aussi et surtout réussi à créer l’alchimie parfaite entre son ADN Cinéma et la passion du Sport. En multipliant les caméras et les micros sur le terrain, dans les vestiaires, mais aussi dans les façons de filmer et de scénariser les matchs qui sinon auraient été pour beaucoup bien moroses à regarder, le Foot Français est resté un spectacle télévisuel d’excellence ….. et ce à défaut de réussir à s’imposer comme un Championnat de référence sur la scène sportive Européenne.

Mais si en définitive tout cela était non pas un cataclysme historique, mais simplement le premier signe annonciateur de bouleversements à venir encore plus profonds, et pourquoi pas d’un Big One dans le Paysage Audiovisuel Français, avec par exemple à la clé le rachat d’un acteur de premier plan par un Chinois ou par un Américain ?

En effet, les chiffres sont têtus et donnent comptablement raison au diffuseur historique de ne pas avoir accepté de surpayer la LIGUE 1 CONFORAMA dont les droits ont encore bondi de 60%, et ce après déjà plusieurs décennies de hausses significatives. Des droits, ça s’amortie sur un nombre d’abonnés, et l’exercice devient d’autant plus ténu qu’on en perd chaque année toujours d’avantage, et ce essentiellement sous la pression de NETFLIX qui en recruterait désormais plus de 100.000 nouveaux tous les mois. Il est vrai qu’avec un tarif mensuel qui varie entre 8 et 14 Euros, là où l’abonnement moyen chez le diffuseur historique coûte 3 à 4 fois plus, difficile de rivaliser avec la puissante déferlante de NETFLIX.

NETFLIX poursuit ainsi sa course effrénée en se moquant bien d’avoir ou pas à son escarcelle les droits du Foot. Selon Libération, en à peine 2 ans, NETFLIX aurait déjà dépassé les 3,5 millions d’abonnés, alors qu’il aura fallu 5 ans et des milliards d’investissements aux Qataris de BEIN pour arriver au même nombre.

Alors que peut-il se passer ?

Le nouveau détenteur des droits du Foot Français, à savoir le groupe hispanique MEDIAPRO qui appartient en fait à un Fond d’investissements Chinois (un Groupe privé dénommé ORIENT HONTAI CAPITAL), a déjà fait ses calculs.

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 31 Mai, MEDIAPRO a assuré pouvoir convaincre dès la première année 3,5 millions de nos concitoyens de s’abonner à leur chaîne Foot qui sera créée pour l’occasion, et qui sera proposée à 25 € par mois !

En filigrane, on peut émettre l’hypothèse de la constitution d’une offre croisée, fusse t’elle virtuelle et de circonstance, combinant de base la TNT gratuite qui réalise plus de 80% de l’audience en France (et qui est déjà diffusée, en qualité HD, partout en France), avec en mode streaming l’accès à NETFLIX pour 8 à 14 €, et tout le Foot ou presque pour 25 € de plus. Au-final, cela resterait bien moins cher que les offres du diffuseur historique, désormais orphelines du Foot, ce qui fait peut-être dire au Président de MEDIAPRO qu’ils pourraient in fine attirer sous 3 à 4 ans jusqu’à 5 millions d’abonnés ; à savoir pile le nombre que détient le diffuseur historique aujourd’hui.

Sauf que si les chiffres s’emboitent en théorie, la réalité est parfois plus capricieuse, voire plus cruelle.

Le sport, et en particulier le Football, est certes le principal moteur d’abonnement à la télévision payante, mais c’est aussi la première cible des pirates qui proposent ce qui est devenu pour beaucoup un nom commun : à savoir des « live-streaming ».

Or une étude britannique que vient de publier le Cabinet MUSO nous apprend que parmi les gens qui accèdent illégalement à des streaming et à des contenus pirates – notamment des évènements sportifs en direct – 91% d’entre eux souscrivent par ailleurs un abonnement légitime à des services OTT comme NETFLIX ou AMAZON PRIME. Disposer d’une offre low-cost de VOD en ligne n’induit donc pas nécessairement que l’on dispose automatiquement d’un budget à allouer pour s’abonner aussi à une offre payante et premium de sport.

En France, L’Association ALPA, en collaboration avec le CNC et MEDIAMETRIE, vient de publier elle-aussi ses chiffres, mais cette fois sur la base d’un panel représentatif de 30.000 personnes. Ils estiment à déjà 1 million le nombre de Français qui auraient recours au live-streaming illégal. Parmi eux, on retrouve 75% d’hommes, pour l’essentiel férus et avides de sport, avec une surreprésentation des catégories CSP+ et des personnes d’âge mûr (35-50 ans). Pire, plus des évènements sportifs sortent des fenêtres de diffusion autrefois multiples, plus le piratage prend de l’ampleur. A titre d’exemple, on estime que lors du match de Champions League PSG / FC Barcelone retransmis en exclusivité sur BEIN, il y avait en parallèle 332.000 pirates connectés à un live-streaming, soit 21% de l’audience totale.

Pourtant, MEDIAPRO connait parfaitement bien tout cela car l’Espagne, avant même la France, a souffert de la déferlante massive du piratage en live-streaming de la LIGA. On peut donc raisonnablement émettre l’hypothèse d’un possible agenda croisé qui serait celui de la quête d’influence de la Chine dans le Football, spectacle mondial s’il en est, et dans l’Audiovisuel.

En effet, la Chine tisse lentement mais surement un réseau d’influence destiné à remodeler son image et à préparer l’après hyperpuissance Américaine. A l’instar du modèle donné à voir au monde par Hollywood et qui a durablement contribué à forger le rêve Américain – certains diront même à faire chuter l’URSS – la Chine a compris que le soft Power passait aussi par l’association de son image à des évènements fédérateurs que sont naturellement le sport de masse, et le cinéma.

Sur le sport, l’arrivée de MEDIAPRO dans le Paysage footballistique Français est un marqueur très fort de l’intérêt des Chinois à y prendre résolument pied, tout comme les Qataris l’ont déjà fait avant eux en s’appropriant la fabuleuse marque Paris du PSG, qui plus est affublée du logo de la Tour Eiffel.

Et sur le Cinéma, les Chinois ne sont déjà plus en reste.

Alors que tout le monde en Occident ne parle que de NETFLIX, Les Chinois sont d’ores et déjà convaincus de pouvoir jouer à terme les premiers rôles avec iQiyi. Cette société de VOD concurrente de NETFLIX, basée non pas à Hollywood mais à Zhongguancun, est cotée au NASDAQ. C’est surtout une émanation du géant BAIDU, le GOOGLE Chinois. Conscient de la difficulté à rivaliser avec NETFLIX sur le catalogue de droits, mais aussi du fait de la censure en Chine, iQiyi a dès le tout début mis en branle tout son savoir-faire technologique pour coupler Intelligence Artificielle et Big Data, et ce au service de la production, du profilage et de l’acquisition de contenus. Cela va plus loin que le seul cinéma. Selon son Président Tim Gong Yu, la société iQiyi se voit d’ailleurs plus comme un DISNEY que comme un NETFLIX, arguant que la production de contenus et d’univers déclinables est au cœur de sa stratégie. Alors pourquoi ne pas pousser la logique et s’essayer à la France…..

 

DISNEY pourrait en effet vouloir racheter un opérateur sur l’hexagone pour ne pas laisser NETFLIX préempter la France. Se faisant, DISNEY pourrait conforter sa position mais aussi établir en France celle de HULU, son alternative à NETFLIX, dont il contrôlera la majorité du capital après le bouclage du rachat de la 21st CENTURY FOX (voir le précédent édito de l’OTA En cliquant ICI).

 

NETFLIX pourrait également vouloir racheter un opérateur et rentrer ainsi par la très grande porte dans la grande famille du Cinéma mondial en s’offrant une lignée extraordinaire, et en satisfaisant au passage d’autant plus aisément aux quotas de production Européens (désormais fixés à 30%). L’accès à la Francophonie et à l’Afrique ne serait certainement pas absent de leurs motivations potentielles.

 

AMAZON pourrait s’immiscer dans ce débat comme ils viennent tout juste de le faire en Grande-Bretagne en raflant à la surprise général certains droits du Foot à la barbe de SKY et de la BBC.

 

A défaut d’avoir racheté NETFLIX tant qu’il en était encore temps, APPLE pourrait quant à lui souhaiter prendre enfin pied dans le Cinéma, et au passage asseoir le choix technique de son partenaire français d’être le tout premier grand opérateur de renom à avoir fait de l’APPLE TV non pas un Hobby, mais la plateforme décodeur de référence pour ses futurs abonnés.

 

MEDIAPRO pourrait évidemment capitaliser sur la situation et vouloir agir en tête de pont, pour et avec la Chine, et proposer une fusion. Il est vrai qu’après avoir dans un premier temps obtenu les droits du Calcio, puis les avoir récemment perdus sur le terrain judiciaire après une plainte de SKY qui au-final vient de gagner le nouvel appel d’offres pour le Championnat Italien, MEDIAPRO retrouve des marges de manœuvres, et l’envie pourquoi pas d’un probable focus hexagonal.


Et que dire de SKY qui pourrait ne pas vouloir s’en laisser compter et prendre enfin pied dans ce territoire Gaulois qui lui résiste toujours, la France, et après elle dans de nombreux pays Africains.

 

Naturellement, tout cela c’est sans présumer du fait que le diffuseur historique pourrait refuser toutes les offres et vouloir au contraire profiter du moment pour s’arrimer plus efficacement aux opérateurs de réseaux et aux équipementiers (TV, Smartphones, PC et écodeurs), refondant au passage autant que de besoin ses offres d’abonnements, et ce désormais d’autant plus librement que le poids du Foot ne sera plus aussi prégnant.

L’avenir nous le dira… Mais ce qui est certain, c’est que le Championnat de l’Audiovisuel payant est désormais bien mondial, et pas seulement national. Alors, dans ce jeu forcément international où Chinois et Américains rivalisent, tout autant que les extranationaux que sont les GAFA et leurs équivalents BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiami), il est plus que jamais temps de dire … Allez les Bleus ….

 

EDITO – ‘ Qui de Netflix ou de Disney est finalement le plus disruptif ? ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO  de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

QUI DE NETFLIX OU DE DISNEY EST FINALEMENT LE PLUS DISRUPTIF ?

A l’instar de GOOGLE qui est devenu au fil du temps le moyen universel de désigner une recherche sur Internet, NETFLIX s’impose dorénavant comme l’archétype de l’audiovisuel à la demande.

Il est vrai que rien ne semble plus pouvoir arrêter la déferlante NETFLIX, au point d’ailleurs de menacer désormais les leaders historiques de la Télévision Payante. En effet, le phénomène dit de « cord cutting » s’intensifie, notamment aux États-Unis où des millions d’abonnés câble ou satellite se désabonnent, se contentant désormais de l’offre TNT gratuite d’une part et de NETFLIX de l’autre. Au passage, le revenu moyen par abonné chute de 100 à quelques 10 dollars à peine, et c’est toute l’Industrie de la TV payante qui en fera les frais, en cela y compris les Studios Hollywoodiens.

Aujourd’hui, NETFLIX compte 117,6 millions d’abonnés (Janvier 2018), et avec un cours de bourse en hausse de 46% sur 2017, le Groupe Californien peut se targuer d’avoir offert à ses actionnaires l’une des toutes meilleures rentabilités du secteur.

Alors pas question pour NETFLIX de relâcher la pression sur ses concurrents dans sa quête mondiale et insatiable de fidélisation et de recrutement d’abonnés.

C’est ainsi que le 26 février 2018 – à l’occasion d’une conférence sur la Technologie, les Media et les Télécom organisée par MORGAN STANLEY – son Directeur Financier a indiqué que le groupe allait poursuivre sa politique éditoriale exclusive et audacieuse. David WELLS a effectivement annoncé que NETFLIX allait investir 8 milliards de dollars cette année, et créer pas moins de 700 nouvelles séries et émissions originales en 2018.

À peine 3 jours plus tard, une autre annonce tonitruante a été faite. C’est en effet le 1er mars 2018 que le Groupe SKY a dévoilé qu’il allait coupler NETFLIX avec son offre SKY-Q sur l’ensemble de ses plateformes européennes, soit quand même près de 23 millions d’abonnés répartis pour l’essentiel en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie.

En plaçant ainsi les offres SKY et NETFLIX côte-à-côte, mais aussi celles de HBO, SHOWTIME, FOX et DISNEY, l’expérience audiovisuelle des abonnés SKY sera à la fois enrichie, mais surtout simplifiée, et optimisée. Peut-être l’antidote au cord-cutting ?

Loin d’être anecdotique, cette annonce fracassante de SKY vient s’inscrire dans le cadre d’une lutte à mort qui s’opère actuellement Outre-Atlantique. Elle a connu son premier acte deux mois et demi auparavant avec l’annonce le 14 décembre 2017 du rachat par DISNEY de la 21st CENTURY FOX. Ce poids-lourds de la production audiovisuelle et cinématographique était jusqu’ici contrôlé par le magnat Rupert Murdoch qui conservera après-coup uniquement sa chaîne FOX NEWS.

Cette méga acquisition affole les compteurs : 52 milliards de dollars, auxquels il faut rajouter la reprise de la dette qui s’élève à 14 milliards. Elle fera de DISNEY le propriétaire de la galaxie de chaînes TV, de droits et de participations de la 21st CENTURY FOX. Déjà propriétaire depuis 2009 des Studios MARVEL, puis de ceux de PIXAR en 2006 et de LUCASFILM en 2012, DISNEY récupère ainsi un énorme catalogue très complémentaire du sien parce que notamment constitué de séries et de franchises comme les Simpson, X-Files, ou 24 heures chrono qui restent très populaires chez les ados et chez les jeunes adultes. Mais ce n’est pas tout, avec le rachat de la 21st CENTURY FOX, DISNEY met aussi la main sur des chaînes TV majeures comme FX ou National Geographic, et surtout sur les 39,1% que MURDOCH détient dans SKY, avec en filigrane l’espoir d’en contrôler bientôt la totalité. En effet, la 21st CENTURY FOX a proposé en 2016 de racheter 100% du capital de SKY.

Or, seulement un mois et demi après l’annonce du rachat de la 21st CENTURY FOX par DISNEY, les Autorités de régulation Britanniques viennent d’émettre un avis défavorable au sujet de l’OPA de SKY par la 21st CENTURY FOX. Le communiqué daté du 23 Janvier 2018 indique que ce rachat donnerait trop d’influence à la Famille MURDOCH, déjà propriétaire de media d’information majeurs comme SKY NEWS, The SUN, The TIMES et le SUNDAY TIMES.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Seulement un mois après ce quasi véto des Britanniques, à savoir cette fois précisément le 27 février 2018, COMCAST, le premier câblo-opérateur Américain, par ailleurs propriétaire du réseau de télévision NBC et du Studio UNIVERSAL PICTURES – et donc de fait un concurrent de DISNEY – a surpris tout le monde en offrant de racheter SKY au prix fort : 22 milliards de Livres, soit une offre 16% supérieure à celle offerte par la 21st CENTURY FOX.

En y regardant de plus près, il est un fait que DISNEY fait un pari audacieux sur l’avenir, quitte à remettre en cause son modèle, là où COMCAST réagit avec les réflexes du passé en tentant uniquement d’étendre son empreinte géographique sur le modèle historique de la TV payante.

Mais pour décrypter tout cela, il convient de remonter aux origines même du formidable succès de NETFLIX, dont tout le monde s’accorde à dire que le Groupe est devenu l’obsession de DISNEY et de COMCAST à cause du « cord-cutting ».

NETFLIX a démarré en 1997 avec une idée toute simple : être en quelque sorte l’AMAZON des vidéo clubs. Les Abonnés choisissaient en ligne les DVD qu’ils voulaient louer, sans besoin ni de se déplacer en boutique, ni de faire la queue, ni de risquer de ne pas y trouver leur film. Ils les recevaient le lendemain par la Poste, et devaient les renvoyer sans délai obligatoire, en mode prépayé pour pouvoir en obtenir de nouveaux.

Grâce à cela, NETFLIX s’est constitué gratuitement un stock pléthorique de contenus cinéma premium, la location de DVD ne nécessitant pas d’acheter des droits ni de devoir les négocier avec les Studios. Le succès aidant, la marque est rapidement devenue forte et la base d’abonnés très significative, ce qui a alors permis à NETFLIX d’être suffisamment crédible au moment de proposer en 2010 une version streaming et totalement dématérialisée de son offre de VOD telle qu’on la connait aujourd’hui.

Désormais fort de sa marque et de sa base clients, NETFLIX a ainsi aisément convaincu tous les Studios, en cela y compris DISNEY dès 2012, de lui permettre de diffuser leurs catalogues sur sa plateforme en ligne. De là, NETFLIX s’est imposé mondialement, avec un portefeuille de contenus très riche, et comme toujours systématiquement le souci de l’expérience utilisateur, du coût, de la simplicité, et de la satisfaction des abonnés. NETFLIX a ainsi pu multiplier très vite les accords de reprise avec des opérateurs Télécom partout dans le monde, mais aussi avec des fabricants de matériels (consoles de jeux, décodeurs, puis téléviseurs, et désormais Smartphones). En cela, NETFLIX est devenu un rouleau compresseur mondial et au lieu de permettre à des catalogues comme DISNEY de trouver de nouveaux débouchés et d’obtenir de nouveaux revenus, NETFLIX vient désormais concurrencer les distributeurs traditionnels – à savoir les cablos et opérateurs fibre et satellite qui achètent à grands frais les droits pour diffuser les chaînes DISNEY. Il fut en effet un temps où pour avoir accès à des contenus Premium et diversifiés, il nous fallait nous abonner à une offre de télévision payante. Sans concurrence réelle autre que les vidéo clubs, les opérateurs payants pouvaient alors facturer sans peine des abonnements allant de 50 à 100 dollars en moyenne, et rétribuer ainsi grassement les ayants-droits comme DISNEY. Avec NETFLIX, c’est le règne du low-cost et de la désintermédiation qui l’emporte, et avec lui la fin de la capacité de rétribuer le contenu au juste prix d’avant, et ce d’autant plus que NETFLIX devient de surcroît un concurrent direct des Studios car le Groupe produit lui-même du contenu exclusif à grands coups de milliards de dollars.

Il n’en fallait pas plus pour que DISNEY décide à l’été 2017 de ne pas renouveler son contrat avec NETFLIX alors que celui-ci prend fin en 2019. Au passage, DISNEY a indiqué préparer une offre directe et concurrente de vente en ligne de son catalogue au grand-public, espérant ainsi battre NETFLIX à son propre jeu, y compris sur le coût de l’abonnement.

Cette offre DISNEY de streaming va s’appuyer sur la technologie de HULU, le concurrent Américain de NETFLIX dont DISNEY détenait déjà 30% du capital, et dans lequel il s’apprête désormais à monter à hauteur de 60% en rachetant la 21st CENTURY FOX qui en était l’autre actionnaire de référence.

On peut dès lors discourir que DISNEY, qui a historiquement vécu de quasi rentes en vendant à grands frais ses droits TV et cinéma à des opérateurs de bouquets TV câbles et satellites, vient de franchir le Rubicon. En effet, en visant désormais frontalement NETFLIX, quitte à risquer de se couper toujours plus de la manne réalisée jusqu’ici avec les diffuseurs historiques, DISNEY va contribuer à les fragiliser encore plus en favorisant désormais lui-aussi le « cord cutting ».

C’est audacieux, puisque la vieille économie vient donc chasser sur le terrain de la nouvelle, mais avec le cheminement inverse de celui de NETFLIX. Celui qui en parle probablement le mieux, c’est encore Philippe Bailly. Le Président du Cabinet NPA Conseil a en effet récemment déclaré que « bousculé par les « pure players » d’Internet, DISNEY fait le même parcours qu’eux, mais dans le sens inverse. Après avoir mis la main sur des catalogues gigantesques de contenus, il se concentre maintenant sur leur distribution directement en ligne. Le contraire de NETFLIX, qui a d’abord construit son infrastructure de distribution avant d’investir massivement dans des productions qu’il réserve à ses seuls abonnés ».

A contre-courant de DISNEY, on trouve donc COMCAST qui offre presque 25 milliards d’Euros pour mettre la main sur les 23 millions d’abonnés satellite de SKY. Le câblo-opérateur déjà leader aux US veut donc fermement prendre pied en Europe, allant jusqu’à cerner CANAL+ et donc VIVENDI sur le modèle historique guetté par l’obsolescence de la Télévision Payante, celui-là même que NETFLIX et désormais DISNEY contribuent à totalement repenser.

2018 devrait à coup sûr nous apporter son lot de rachats, de mégafusions, et de rumeurs insistantes comme celle que l’on a longtemps prêté à APPLE de vouloir racheter NETFLIX. En attendant, les offres payantes de streaming sur Internet rencontrent un succès grandissant. Selon une étude récente de STRATEGY ANALYTICS, 250 millions de foyers dans le monde souscrivent déjà à un abonnement OTT. La barre des 300 millions sera sans nul doute atteinte en 2018, et l’on parle désormais de 450 millions à l’horizon 2022.

 

EDITO – ‘ Publicité et audiovisuel : la leçon YouTube ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO (directeur marketing) de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

Publicité et audiovisuel : la leçon YouTube.

Si l’on devait ne retenir qu’un seul marqueur de la nouvelle révolution de l’Audiovisuel sur Internet, ce serait sans aucun conteste YouTube.

Le site – qui fête ses 13 ans ce mois-ci – a été racheté par Google seulement 18 mois après sa création. Depuis, à la faveur de la démocratisation de l’Internet haut-débit illimité – mais aussi de la couverture 3G/4G et de la TV connectée – l’audience désormais planétaire a littéralement explosé.

L’an dernier, YouTube annonçait fièrement avoir passé le cap du milliard d’heures de vidéo visionnées quotidiennement (soit quand même 114.000 ans équivalent programmes tous les jours). Mieux, le site attire désormais mensuellement 1,5 milliard de téléspectateurs.

Rien qu’en France, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 37,5 millions de Français vont sur YouTube chaque mois – soit 81% des internautes – et 8 Français sur 10 âgés de 16 à 24 ans y vont même au moins une fois par jour.

Le modèle économique de YouTube est limpide. La gratuité apparente se paye au prix de nos données personnelles, partant du principe largement répandu sur Internet selon lequel quand c’est gratuit, c’est que l’on n’est pas le client, mais bel et bien le fournisseur.

La publicité hyper profilée, sur une audience ciblée à grands renforts d’algorithmes complexes, est le credo de YouTube pour capter des budgets publicitaires considérables au détriment des acteurs traditionnels de l’audiovisuel. S’agissant de l’accumulation gratuite et massive de contenus à forte audience, YouTube couronne d’illustres inconnus qui deviennent pour certains soudainement des stars qui engrangent alors des commissions substantielles sur les publicités générées.

Même si chacun d’entre nous peut poster des vidéos sur YouTube et espérer devenir un Hit mondial, dans la réalité les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2016, 1% des créateurs réalisaient 94% de l’audience cumulée, ce qui veut dire que 99% des contributeurs atteignent tous ensembles seulement 6% de part de marché. Ce resserrement s’opère aussi parmi ceux des contributeurs qui réalisent plus de 10 millions de vues, les quelques 25% qui dépassent les 50 millions captant à eux-seuls 70% de ce trafic premium et rémunérateur.

En tout état de cause, les contributeurs stars sont au centre de toutes les attentions de la régie publicitaire de YouTube. Un nouveau service appelé « Google Preferred » a d’ailleurs été lancé pour eux il y a 4 ans afin d’offrir aux grands annonceurs et aux marques mondiales la possibilité de concentrer leur exposition publicitaire sur les seuls contenus leaders qui sont dans le top 5% des chaînes YouTube les plus visualisées.

Mais l’audiovisuel n’est décidément pas un media comme un autre, encore moins sur Internet ou le simple re-Tweet d’une vidéo polémique peut exacerber son impact dévastateur. Et force est de constater que 2017 aura connu son lot de scandales sur YouTube, certains annonceurs découvrant avec stupeur que leurs publicités pouvaient se retrouver associées à des vidéos à caractère sexuel, voir pédophile, haineux, raciste ou ultra violent. Et cet écueil touche aussi la crème de la crème, en l’occurrence ceux estampillés « Google Preferred ». La goutte d’eau qui aura très certainement fait déborder le vase est la séquence du vidéaste américain Paul Logan. Cette star de YouTube a posté le 31 décembre 2017 une vidéo dans laquelle il se filme façon selfie auprès du cadavre d’un malheureux pendu qui venait de se suicider dans une forêt Japonaise.

Paul Logan s’est vu retiré immédiatement le label commercial « Google Preferred » qui monétise les 5% des chaînes les plus vues sur YouTube. Mais le scandale fut tel que Google est allé bien au-delà en dévoilant courant Janvier 2018 de nouvelles dispositions destinées à rassurer les annonceurs.

En effet, ce mois-ci aux États-Unis, puis en Mars dans le reste du Monde, il a été annoncé 2 choses, à savoir d’une part un nouveau système de modération qui visera à ce que des opérateurs humains plutôt que des robots visionnent les contenus des chaînes les plus populaires, et d’autre part, la mise en place de conditions plus restrictives pour que les vidéastes amateurs puissent prétendre toucher des revenus publicitaires.

Ceux-ci devront notamment désormais atteindre le seuil fatidique des 4.000 heures de vidéo vues au cours des 12 derniers mois, et totaliser de surcroît au moins 1.000 abonnés. YouTube ne cache pas que cela va affecter un grand nombre de ses contributeurs, tout en relevant tout de même que 99% des personnes qui se verront impactées ont de toute façon gagné moins de 100 dollars au cours des 12 derniers mois, et que 90% d’entre eux, ont touché moins de 2,50 dollars en décembre 2017.

Là où l’on peut raisonnablement s’interroger, c’est sur l’armée de modérateurs qu’il faudrait pour visualiser les 400 heures de programmes postés chaque minute sur YouTube…

Et comme si les polémiques de nature éditoriale n’y suffisaient pas, YouTube fait désormais l’objet depuis la fin janvier 2018 d’une nouvelle controverse que Google a d’ailleurs reconnue et admise. Profitant du fait que l’audience sur YouTube est massive, des pirates se sont payés des campagnes publicitaires masquant de dangereux virus qui leur servent à miner des Bitcoins.

Le principe est redoutable d’efficacité et de cynisme. Leurs publicités – respectables au demeurant puisque diffusées sur YouTube, et pour certaines évoquant même des antivirus – intègrent un programme appelé « Coinhive ». Celui-ci prend alors la main sur l’ordinateur du téléspectateur pendant toute la durée de visualisation d’une vidéo. Il l’utilise à son insu pour lancer un logiciel de minage de crypto-monnaies. Ce processus mobilise alors toute la puissance du processeur, au point que l’ordinateur s’emballe et que souvent le ventilateur se déclenche.

Selon des chercheurs de Trend Micro, les principaux pays touchés par ces attaques dites de « cryptojacking » seraient la France, l’Espagne, l’Italie, Taïwan et le Japon. Google a naturellement très vite réagi, confirmant être très attentif à la situation, et avoir désactivé les publicités incriminées en 2 heures.

Malgré tout cela, les chaînes gratuites historiques, notamment celles de la TNT gratuite en France, continuent à devoir faire face à la concurrence féroce des GAFA pour capter des budgets publicitaires pas forcément extensibles.

Les avantages inhérents au Broadcast restent certes majeurs, notamment sur le live, typiquement le Sport, mais ils pourraient s’estomper sous peu. En effet, selon toutes les projections, le délai de décalage, qui peut parfois frôler la minute entre la TNT et l’Internet, va finir par être totalement gommé.

C’est bien pour cela que les opérateurs Broadcast réagissent et s’attachent à enfin normaliser la Publicité Ciblée, évitant ainsi l’éparpillement stérile qui prévalait jusqu’ici autour de solutions contraignantes et façonnées au cas par cas. Le consortium Européen DVB (Digital Video Broadcast) vient d’ailleurs d’annoncer en Janvier 2018 avoir entériné le démarrage du Standard « Targeted Advertising » qui a vocation à se généraliser sur toute la Télévision Numérique. Ce Standard, dont les spécifications commerciales sont attendues d’ici le mois de Juin, verra ses spécifications techniques définies en lien étroit avec le Consortium HbbTV. Ce dernier est devenu le Standard mondial de facto de la Télévision Connectée. Au final, les premiers déploiements commerciaux de « Targeted Advertising » sont attendus pour 2020.

Cet enjeu est décidément crucial et majeur car il ne fait aucun doute que l’audiovisuel sur Internet offre déjà un profilage extrême aux annonceurs du monde entier.

D’ailleurs, des agrégateurs de contenus premium, comme Amazon, pourraient bien rafler la mise mondiale en offrant un triptyque complet et imparable aux marques, à savoir l’audience TV massive (via Amazon TV), la Publicité profilée (Via Amazon AWS et ses moteurs d’intelligence artificielle), puis d’un clic ou d’un mot la vente et la livraison de produits et de services (Via Amazon Prime).

 

 

 

EDITO – ‘ Neutralité du Net : entre fantasmes et réalité ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO (directeur marketing) de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

Neutralité du Net : entre fantasmes et réalité.

Le 14 décembre dernier, la Commission Fédérale Américaine des Télécom – autrement dit la puissante FCC – votait par 3 voix contre 2 la fin de la neutralité du Net. Il faut dire que le tout nouveau Président de la FCC – un certain Ajit PAI – y était notoirement opposé et que c’est singulièrement pour cela que Donald TRUMP l’avait récemment nommé à ce poste.

La FCC – qui était précédemment sous contrôle Démocrate – venait donc de briser le plus grand Tabou de l’Internet, à savoir remettre en cause cet espace préservé et jusqu’ici équitablement partagé de liberté et d’expressions, du moins en Occident.

Ainsi pour beaucoup, cela se résumait au fait qu’après le Climat, Donald TRUMP s’attaquait désormais sans vergogne à l’Internet en redonnant à ses amis milliardaires et aux puissants actionnaires qui contrôlent les géants des Télécoms Américains, le pouvoir de décider eux-mêmes des contenus et des APPs qui bénéficieraient de toutes leurs attentions.

Il n’en fallait d’ailleurs pas plus pour que dès le lendemain de l’annonce de la FCC Américaine, l’émotion suscitée soit telle qu’elle conduise notre Ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves LE DRIAN à se sentir obligé d’assurer publiquement que la France « continuera à défendre le principe de la neutralité du Net ».

Il faut dire que Donald TRUMP semblait avoir déjà fait des émules jusque chez nous puisque dès le 11 décembre, le PDG d’ORANGE plaidait lui-aussi pour qu’on le laisse déployer un Internet à plusieurs vitesses. Stéphane RICHARD a effectivement déclaré dans une interview à BFM Business qu’il devenait indispensable de permettre aux opérateurs télécom, dans la perspective de la 5G et donc de l’obligation consubstantiel à devoir gérer des applications industrielles vitales – par exemple les voitures autonomes – de proposer « des Internet particuliers en termes de latence, en termes de vitesse […] avec des fonctionnalités, des puissances, et des qualités différentes ».

Bien avant lui, FREE le premier avait dès 2012 été suspecté d’avoir donné des coups de canifs à la sacrosainte neutralité du Net en bridant volontairement les débits alloués aux abonnés pour accéder à des services tels que YOUTUBE. Le problème a alors été jugé suffisamment sérieux pour que l’UFC Que Choisir saisisse immédiatement l’ARCEP (Régulateur des Télécom) et la Répression des Fraudes.

Mais par-delà les vicissitudes des relations qui ont pu exister entre GOOGLE et FREE, et aussi d’autres opérateurs Télécoms, la régulation des contenus audiovisuels disponibles sur le Net concerne aussi et même surtout les opérateurs de services audiovisuels.

Il faut dire qu’historiquement, les bouquets de télévisions, par le truchement des décodeurs opérateurs et des logiciels qu’ils mettent en œuvre, ont toujours régenté seuls le choix et l’ordre des chaines proposées aux téléspectateurs. La numérotation de la TNT est édictée par le CSA, tandis que les plans de services des opérateurs satellites ignorent dans leur scan des centaines de chaînes gratuites qui sont pourtant disponibles sur la parabole. Les premiers services de TV sur ADSL ayant été offerts en multicast sur des décodeurs (couplés aux Box Internet), il n’y avait pas de problème non plus. Mais avec l’OTT qui a permis de recevoir des chaînes TV en streaming et de la VOD sur n’importe quel PC, et ce sans décodeur, la problématique de la neutralité du Net s’est posée brutalement aux opérateurs audiovisuels.

Rappelons à cet égard qu’en Mai 2013, Pierre LESCURE a remis au Gouvernement un épais Rapport intitulé « Contribution aux politiques culturelles à l’ère numérique » dans lequel il exposait – et ce sans pouvoir être taxé de Trumpisme – que « pour les services culturels en ligne les plus vertueux, une priorité dans la gestion des débits pourrait être envisagée, sous le contrôle de l’ARCEP, et dans le respect des règles qui seront adoptées concernant la neutralité du Net ». À mots couverts, il préfigurait le lobbying de CANAL+ qui 1 an plus tard a tenté en vain d’endiguer la déferlante annoncée de NETFLIX. Rodolphe BELMER avait effectivement déclaré en marge du Festival de Cannes 2014 qu’il tentait d’obtenir des Autorités Françaises qu’elles imposent aux FAI nationaux de rendre prioritaires les flux vidéo de CANAL+, et ce au prétexte qu’une « concurrence déséquilibrée est en train de s’établir en termes de fiscalité, en termes d’obligations, en termes de masse et d’investissements », et que c’est précisément pour cela qu’il convenait de « créer des avantages compétitifs pour des acteurs comme nous », à savoir ceux qui financent le Cinéma Français et notre précieuse exception culturelle.

Depuis, le temps a inexorablement fait son œuvre et NETFLIX a pris une telle ampleur qu’ils n’ont même pas daigné s’opposer ni même s’émouvoir du vote de la FCC, arguant ouvertement qu’ils n’en avaient d’ailleurs plus besoin tant leur service était devenu incontournable. Faut-il rappeler que NETFLIX occupe à lui seul plus de 30% du trafic Internet aux Etats-Unis (hors pics de connexion).

Revenons donc au vote historique de la FCC du 14 décembre 2017 et tentons autant que faire se peut d’arrêter de penser que ce serait juste une nième provocation de Donald TRUMP, car en l’occurrence ce n’en est pas une.

En 2015, sous l’ère Barack OBAMA, la FCC alors sous contrôle Démocrate s’était arrogé le droit – et en définitive l’obligation – de veiller scrupuleusement au respect de la neutralité du Net. A cette époque, NETFLIX avait fait un intense lobbying en menant la charge pro neutralité du Net. Se faisant, la FCC n’a eu d’autre alternative que de poursuivre en justice l’opérateur AT&T accusé d’avoir enfreint cette règle mystique au travers de son offre commerciale « ZERO RATING ». Celle-ci consistait pour AT&T à ne pas décompter du forfait data de ses abonnés mobiles l’accès aux flux vidéo de sa filiale DIRECT-TV (l’équivalent américain de CANAL-SATELLITE).

C’est finalement de l’incertitude juridique induite par la contre-attaque d’AT&T qu’a germé l’idée qu’il n’était décidément pas du ressort de la FCC de devoir s’immiscer dans les pratiques commerciales des opérateurs privés. Au final, et ce dans la logique de toujours des Républicains Américains, ce sera aux clients seuls de décider. Sam WALTON, le chantre du Libéralisme et fondateur des Hypermarchés WALMART, aimait d’ailleurs à rappeler qu’« il n’y a qu’un seul patron: le client. Il peut licencier tout le personnel, depuis le directeur jusqu’à l’employé, en allant dépenser son argent ailleurs ».

Alors de quoi s’agit-il ? Tout d’abord, il convient de rappeler que le vote de la FCC n’engage que les Opérateurs Américains pour leurs seules activités sur le territoire des États-Unis. Donc inutile de s’en émouvoir plus que ça, et ce pas d’avantage que nous ne nous sommes jamais insurgés du fait que les forfaits mobiles coûtent 5 fois plus cher aux Etats-Unis qu’en France (selon une étude récente du cabinet Arthur D Little sur les abonnements 3G/4G sans engagement, ni mobile).

En tout état de cause, la prétendue neutralité du Net n’est peut-être finalement qu’un leurre.

Au prétexte de ne surtout pas fouiller et d’avoir à discriminer les contenus, personne ne peut induire la responsabilité sous-jacente des opérateurs télécoms et des plate-formistes Internet dans le piratage massif, notamment le streaming des évènements sportifs majeurs. En outre, l’Internet étant devenu au fil du temps un vaste hypermarché où les plate-formistes comme Facebook ou Amazon règnent en maîtres sur le trafic en créant des sous-ensembles captifs, le choix des internautes que les GAFA happent se restreint d’autant. On n’a d’abord le choix qu’entre les APPs star pré-chargées en usine ou sur les mises à jour, dont certaines comme UBER bénéficient en outre de privilèges forts qui leur donnent accès à des fonctions natives des smartphones normalement réservées aux seuls éditeurs d’OS que sont APPLE ou ANDROID.

Le phénomène des plateformes et des APP stores envahie peu à peu tous les domaines, y compris l’audiovisuel avec la percée d’ANDROID TV dans les décodeurs et les téléviseurs connectés, mais aussi au travers de la rumeur croissante qui prête à APPLE l’envie de racheter NETFLIX. Et que dire de FACEBOOK ou AMAZON qui sont de plus en plus impliqués dans l’édition de contenus audiovisuels et dans l’acquisition de droits TV majeurs ? Aucun de ces GAFA ne craint la remise en cause de la neutralité du Net tant leur domination est devenue telle que les abonnés Internet eux-mêmes ne sauraient accepter de payer plus leur accès Internet pour en profiter pleinement.

Que dire enfin du fait que les experts eux-mêmes estiment que le moteur de recherches de GOOGLE ne référence que 10% de l’Internet ; la taille des données non répertoriées sur le DEEPWEB représentant à elle-seule 400 à 550 fois celle du WEB classique ? N’est-ce pas une atteinte flagrante à la notion même de neutralité du Net ?

Et ce n’est pas l’Intelligence Artificielle qui va aider à rendre le Net plus neutre…. Au contraire, cela va forcément limiter et orienter les choix des utilisateurs qui se verront guidés vers des contenus certes parfaitement profilés, mais ce parmi un choix totalement sous contrôle et par définition toujours plus restreint et mercantile.

Au final, le vrai problème avec le vote retentissant de la FCC, c’est d’abord le très mauvais message envoyé au monde. En mettant fin à la neutralité du Net, les États-Unis – à savoir le pays qui se proclame depuis toujours le champion de la liberté et qui régente aussi le WEB au travers de l’ICANN – donnent des justifications inespérées aux dictateurs, en Afrique ou ailleurs, pour évoquer l’exemple Américain et bloquer certains sites en cas de besoin…

Dans un monde de plus en plus aseptisé où des Desproges et Coluche auraient probablement bien du mal à refaire certains de leurs sketches, le combat pour la neutralité du Net est donc une digue qu’il nous convient de préserver pour ce qu’elle induit, plus que pour ce qu’elle est.

 

 

 

EDITO – « L’audiovisuel augmenté est déjà en marche » par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO (directeur marketing) de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

L’audiovisuel augmenté est déjà en marche

Les détracteurs de la Réalité Virtuelle regardent encore d’un air amusé ceux qui chaussent d’épaisses lunettes opaques et alourdies par leur Smartphone pour vivre des expériences à la fois immersives et inédites.

Pour beaucoup d’entre nous, puisque la Réalité Virtuelle nécessite de s’isoler au point de ne même plus savoir qui est assis à côté de soi, c’est totalement antinomique avec l’expérience sociale de l’audiovisuel. Elle restera dès lors – tout du moins dans l’espace domestique – confinée à l’univers du jeu vidéo.

Ce serait oublier bien trop vite que notre relation au téléviseur s’inscrit dans une quête perpétuelle de renouvellement. Il s’y conjugue systématiquement la qualité d’image et de son avec le numérique, le réalisme avec la 4K, l’émotion, les découvertes et les passions avec les offres premium élargies, et bien entendu le lien social autour des grands évènements fédérateurs comme le Sport nous en procure.

Pendant longtemps, la télévision a certes été une expérience sociale partagée – et ce aussi bien en famille que dans nos discussions amicales du lendemain – mais c’était avant tout parce qu’il n’y avait qu’un seul écran par foyer, et aussi et surtout très peu de chaînes disponibles. L’arrivée du Numérique n’a pas tout de suite changé la donne parce qu’à défaut d’être trop chers, les téléviseurs cathodiques étaient bien trop encombrants pour espérer envahir toutes nos pièces ; et les abonnements numériques restaient quand à eux limités à un seul écran. Ce qui a véritablement commencé à changer le paradigme, c’est en tout premier lieu la démocratisation fulgurante des écrans plats qui ont ainsi pu très vite trouver leur place partout dans nos maisons. Mais pas que : en effet, avant que la TNT ne se généralise – et avec elle les chaînes d’information continue qui ont même fini par mettre à mal la grande messe historique du 20h00 – le numérique s’organisait essentiellement autour des bouquets satellites, câbles ou ADSL, ce qui posait alors le double problème du décodeur opérateur et de l’arrivée en un point unique de l’antenne. Cela limitait de fait à un seul écran le meilleur de la Télévision, et donc contribuait d’autant à préserver encore et toujours l’aspect social et partagé de l’expérience audiovisuelle.

Force est de constater qu’en très peu de temps, tout cela a irrémédiablement changé. En amont, les offres « dérégulées » se sont multipliées grâce au haut débit pour tous et à l’OTT. Netflix, YouTube, Facebook en sont des exemples d’autant plus criants qu’ils sont désormais des bouquets à part entière, tant du point de vue de la profusion de l’offre éditoriale, que de l’acquisition de droits majeurs, de la production de contenus et de séries inédites, ou enfin des modèles économiques associés basés sur la publicité, l’abonnement ou le Pay per View.

L’OTT a permis à la TV sur Internet de s’affranchir enfin du seul périmètre du décodeur opérateur connecté à l’écran principal du foyer. A cela, s’est désormais substitué une offre étendue à la fois multi-écrans, multi-temps puisque l’essentiel des contenus peut se revoir en Replay, et multi-espaces car la TV s’emporte dorénavant partout avec soi grâce aux Smartphones et aux tablettes. Les dernières digues, ou plutôt contraintes, qui faisaient encore de la Télévision une expérience partagée ont donc définitivement sauté, du moins pour les plus jeunes.

A l’aune de ce constat, on peut dès lors se reposer la question de la Réalité Virtuelle, et plus largement celle de la Télévision augmentée. L’individualisation croissante et extrême de l’expérience audiovisuelle s’y prête. Elle se pare en outre de l’artifice redoutable que les réseaux sociaux nous apportent en donnant l’impression d’être au contraire en expérience connectée élargie. Au lieu de sa famille ou de ses amis proches, désormais on regarde, on partage et on commente des émissions sur Facebook avec des centaines d’autres fans, où qu’ils se trouvent.

C’est précisément là que la Réalité Virtuelle va pouvoir rentrer en jeu, et ce au sens propre comme figuré. Elle offre en effet un renouveau multi-générationnel aussi nécessaire qu’attendu autour de perspectives éditoriales absolument incroyables pour la télévision. Les grands spectacles et rendez-vous que sont les évènements sportifs, les concerts, la télé-réalité et les débats en tous genres – sans même parler des émissions culturelles sur les voyages, la nature et même l’histoire – vont connaître un choc probablement aussi stupéfiant qu’aura été celui du passage du noir et blanc à la couleur. On pourra assister à un match, de n’importe quel endroit dans les tribunes, au milieu d’autres supporters de son équipe, voire de l’autre, et promener son regard non plus au gré de celui de la production, mais à notre guise.

Et puisque regarder l’écran de télévision est en passe de devenir une expérience réellement individuelle, chausser des lunettes immersives dont on peut penser qu’elles vont évoluer en taille et en praticité, mais aussi envahir notre univers professionnel, sera naturellement une évidence, pour ne pas dire un besoin.

Les grands Opérateurs de télévision premium, ceux-là même qui ont introduit le décodeur dans les foyers, sont légitimes à déployer la Réalité Virtuelle dans le cadre de l’avènement à construire de l’Audiovisuel augmenté. Et ne nous y trompons pas, les GAFA sont déjà sur les rangs.

 

EDITO – « Oui les GAFA sont des Media » par Laurent JABIOL

L’édito de Laurent JABIOL 

 

Laurent JABIOL est CMO (directeur marketing) de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS* pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

L’édito – « Oui les GAFA sont des Media »

En 2004 – au moment précis où Mark Zuckerberg se consacrait exclusivement au lancement de sa start-up FACEBOOK qui enregistrera dès décembre son premier million de membres – nombreux étaient ceux qui en France se montraient au contraire absolument scandalisés de ce que Patrick Le Lay ose déclarer que TF1 vendait à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible.

Loin d’être offensant, ses propos étaient au contraire emprunts de réel pragmatisme et demeurent très actuels. Ils méritent donc, 13 ans après, d’être ici rappelés avec précision: « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…). Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise ».

Ainsi parlait Patrick Le Lay.

Le temps a depuis fait son œuvre, et les réseaux sociaux et autres plate-formistes Internet d’envergure mondiale le reste. Ils accèdent – parce qu’on leur donne sans compter- à des données personnelles toujours plus intimes, et ont vocation à les capter dans tous les recoins de notre vie sociale et privée, et ce en se positionnant comme le font les GAFA dans nos Smartphones, puis nos téléviseurs, nos maisons, nos voitures, et bientôt nos villes, et à terme, à grand renforts d’algorithmes d’intelligence artificielle, dans nos consciences. Et les annonceurs ne s’y trompent pas si on en juge par la formidable croissance des revenus publicitaires de Facebook ou d’Alphabet (Google).

Il n’est pas ici question de s’en émouvoir, car personne n’est obligé de s’hyper connecter, de poster des messages, des photos ou des vidéos sur Facebook, Twitter ou YouTube, ou de faire des recherches sur Google, des achats sur Amazon, …, pas plus d’ailleurs que les téléspectateurs de 2004 n’étaient forcés de regarder TF1. La clé, est et restera toujours l’attractivité et l’expérience utilisateur.

Ça les GAFA l’ont parfaitement compris, et après avoir préempté le champ numérique de l’Internet, ils bataillent désormais âprement pour dominer celui de la Télévision, dont le temps d’audience quotidien supplante encore de loin celui que l’on passe sur le Web. Or sans mode connecté, le principe même de l’hyper personnalisation et de l’extrême segmentation qu’offrent les GAFA aux annonceurs disparaît. Leur credo est donc clair : plutôt que l’antenne TV, c’est et ce sera Internet et le Cloud, et rien que le Cloud.

Force est de constater que cette démarche stratégique et cette nouvelle appétence audiovisuelle des acteurs du Web et des usagers façonnent irrémédiablement l’Internet. Selon une étude récente publiée par Cisco, la vidéo qui occupait déjà l’an passé 73% du trafic Internet mondial, en pèsera 82% à l’horizon 2021. Or dans le même temps, le trafic total va presque quadrupler, passant de 49 exabytes à 187 exabytes. La bataille pour l’audience TV est donc totale, et bien réelle.

La multiplication exponentielle du trafic vidéo sur Internet capte naturellement un audimat toujours plus large. Mais au contraire de ce que l’on pourrait à prime abord penser, le périmètre culturel se restreint mécaniquement, et irrémédiablement. Si l’on prend le cas de YouTube – grâce à qui tout un chacun peut pourtant penser devenir un hit mondial – les chiffres parlent d’eux mêmes : en 2016, 1% des créateurs réalisaient 94% de l’audience cumulée, ce qui veut dire que 99% des contributeurs atteignent ensembles et péniblement 6% de part de marché. Et ce resserrement extrême s’applique aussi aux stars des réseaux sociaux elles-mêmes. Sur YouTube comme sur Facebook, parmi ceux des contributeurs stars qui réalisent plus de 10 millions de vues, les quelques 25% qui dépassent les 50 millions captent à eux-seuls 70% de ce trafic premium et rémunérateur.

Dans ce monde que les GAFA veulent tout IP, la dérégulation est la règle, et la construction des réseaux de diffusion audiovisuels, voire la réalisation des contenus, supportés par d’autres, tout comme Uber ou AirBnB s’appuient sur les investissements de leurs affiliés individuels pour se développer partout sans devoir supporter directement les coûts d’infrastructures matérielles. A titre d’exemple, Netflix qui n’installe pas de fibre, et ne loue pas de capacité satellitaire ou hertzienne non plus, occupe pourtant seul plus de 30% du trafic Internet aux Etats-Unis. Ce sont les Telcos qui en supportent les coûts de diffusion, et derrière eux et de façon mutualisée, tous les internautes, qu’ils soient d’ailleurs ou pas abonnés à Netflix.

C’est une des raisons, même si ce n’est pas la seule, pour laquelle aucun géant mondial de l’Internet n’offre de services audiovisuels en Broadcast. Dans la même veine, ni Apple, ni Roku, ni Amazon, ni Google ne proposent non plus de décodeurs IP véritablement hybrides qui soient dotés d’un tuner TNT, Satellite ou câble. Mais les choses sont en train de changer. A défaut de savoir ou de vouloir développer des solutions Broadcast qui par nature obéissent à des itérations de standards différents par pays, Google est néanmoins en train de préempter le marché des décodeurs TV et des Téléviseurs en imposant ANDROID TV. A charge alors aux industriels de gérer eux-mêmes les personnalisations et contraintes techniques, réglementaires et logistiques induites par le fait d’intégrer aussi des tuners Broadcast pour répondre aux contraintes marché locales. Google s’occupe du reste, à savoir l’expérience utilisateur, le magasin d’applications (et avec lui la mise en avant des services maisons comme YouTube), et le tiroir caisse, qu’il s’agisse aujourd’hui de l’achats d’Apps, ou demain de l’accès à la méga plateforme d’intelligence artificielle du Groupe. Car oui, après avoir vendu du temps de cerveau humain aux annonceurs, c’est nous les usagers qui le confions aujourd’hui aux GAFA pour le gérer. Cette guerre pour le contrôle du téléviseur dans l’idée d’en faire un point d’ancrage de l’accès aux services Cloud d’intelligence artificielle n’a évidemment pas laissé Amazon indifférent. En tant que leader sur le Cloud, Amazon s’appuie sur son assistant vocal Alexa pour s’insérer dans les décodeurs et les téléviseurs. D’ailleurs, l’américain TiVo qui se présente comme l’inventeur du magnétoscope numérique, vient de sortir fin Octobre 2017 deux décodeurs hybrides (IP et Broadcast) munis de l’interface de commande vocale Alexa d’Amazon.

Et ne nous y trompons pas. Mesurer en temps réel qui regarde quoi, sur quel(s) écran(s), et recouper tout cela sur plusieurs équipements et services, dépasse la seule praticité. A terme, on peut craindre qu’il ne s’agisse plus seulement de vendre du temps de cerveau utile aux annonceurs, mais de leur vendre des espaces de cerveaux modelés.

Et là, bizarrement, plus personne pour s’en émouvoir. Du moins pour l’instant.

C’est pour cela qu’il convient de réfléchir très vite au fait de caractériser enfin comme il se doit les GAFA de media, et derrière de les contrôler et de les taxer localement en conséquence.

Début Octobre 2017, Sheryl Sandberg, Directrice Générale et n°2 de Facebook, affirmait dans une interview que Facebook n’est pas un Media car c’est une société d’ingénieurs et de techniciens. Mais alors, comment caractériser une société qui comme Facebook distribue des fils infos à des milliards d’individus tous les mois, qui est une source majeure d’informations pour ces derniers, qui réalise des milliards de dollars pour des publicités insérées à côtés d’articles et de vidéos, qui payent des consultants reconnus pour produire des contenus exclusifs, et qui se positionne désormais pour acquérir des droits, y compris sportifs ? Faut-il attendre qu’une Coupe du Monde de football soit un jour en exclusivité sur Facebook pour réagir ? Cela est loin d’être un pur fantasme. Au contraire, même chez nous en France, la Ligue de Football Professionnel, a admis en Mai dernier que les droits de la Ligue 1 pourraient intéresser les GAFA à la faveur de leur remise en jeu après 2020. Cette annonce ne doit surtout pas être considérée comme une simple déclaration provocatrice destinée à faire monter les enchères : les GAFA ont des moyens quasi illimités, et l’attractivité croissante de notre championnat depuis l’arrivée de Neymar, et sans présager du prochain parcours du PSG en Champions League, décuple leur voracité à capter bien plus que l’audience: ils cherchent à sonder nos émotions et nos passions aux moments où elles s’expriment le plus pour mieux nous rentabiliser auprès d’une myriade d’annonceurs.

Or si nos concitoyens comprenaient, parce que la réglementation venait à évoluer, que les réseaux sociaux sont bel et bien des media à part entière, alors ils feront aisément la différence entre ceux qui sont régulés et qui ne monétisent que notre audience et non pas nos données intimes, et les autres. Mieux, ils feront le distinguo entre ceux qui soutiennent la production audiovisuelle locale de contenus, et les autres.

La chance des opérateurs historiques français de l’audiovisuel, c’est de pouvoir se projeter dans un environnement bien plus vaste que le périmètre de régulation national: en l’occurrence celui de la Francophonie. Songeons plutôt que 40% des terriens seront Africains en 2100. Là-bas, le nouveau chantier audiovisuel c’est le Broadcast numérique et non pas l’IPTV. C’est un secteur que les GAFA ne savent pas exploiter, et c’est une chance pour nos acteurs audiovisuels nationaux et historiques qui peuvent, en favorisant l’émergence de relais locaux, demain d’alter ego, développer non seulement la distribution, mais aussi la création et la pluralité, face au resserrement culturel et dérégulé venu d’ailleurs.

 

*OS = OS =Operating system / en français SE = Système d’exploitation