Edito – L’empreinte numérique de la 5G

L’empreinte numérique de la 5G sur l’environnement.

Le vrai du faux.

Le volume mondial des données numériques que l’on traite chaque année double tous les 18 mois. Il passera ainsi de 35 Zêta bytes actuellement, à 175 Zêta bytes d’ici à peine 5 ans. Ces données constituent la matière première indispensable au développement de l’Intelligence Artificielle, et avec elle, celui de nouveaux usages, services et produits.

C’est en substance ce qu’a encore rappelé le nouveau Commissaire Européen Thierry BRETON dans une interview récemment donnée aux Échos.

Dans son exposé, Thierry BRETON a par ailleurs tenu à préciser que si 80 % des données créées sont aujourd’hui stockées dans des data centers ou dans le Cloud – et les 20 % restant en périphérie, à savoir dans nos smartphones, nos véhicules connectés et autres objets communiquants – cette proportion devrait s’inverser d’ici 5 ans (80 % des données seront alors disséminées partout, dans tous les objets connectés).

C’est précisément là que la 5G jouera un rôle aussi déterminant qu’essentiel pour permettre l’avènement de cette informatique distribuée et essaimée, aussi appelée Edge Computing.

Il n’est donc pas étonnant que le lobbying intense des industriels des télécom pour développer au pas de charge la 5G trouve un écho extrêmement favorable auprès des différents gouvernements. Il ne s’agit pas tant pour eux de prélever de l’argent sur la mise aux enchères des fréquences libérées, que d’organiser et sécuriser durablement une nouvelle ère sociétale autour de l’intelligence connectée mise au cœur des habitations, des entreprises, des villes, de la nature, de la santé, des transports, de l’agriculture, de la défense, …

Et quand tous les produits du quotidien deviendront tour à tour numériques, et plus simplement électriques ou mécaniques, ils auront évidemment vocation à être équipés des antennes et des processeurs nécessaires pour s’arrimer à l’Internet des Objets soutenu par la 5G.

UN ENJEU DE SOUVERAINETÉ

La 5G n’est donc décidément pas une simple évolution de la technologie précédente (3G/4G), mais bel et bien une véritable rupture sensée offrir des opportunités et des changements sociétaux majeurs, et ce d’autant plus que les prochains Graal technologiques en dépendent :

  • Très haut débit mobile, pour tous, partout, et sans aucune latence (Homme augmenté et désenclavé, villes intelligences, Industrie 4.0, transports, …).
  • Médecine connectée avec même des opérations chirurgicales télé réalisées à distance.
  • Voitures et transports 100% autonomes (et sans danger).
  • Réalité virtuelle pour assister et égayer notre quotidien.
  • Réalité augmentée pour accompagner notre travail et notre formation.
  • Villes et bâtiments intelligents pour fluidifier les mouvements et optimiser l’empreinte énergétique et environnementale.
  • Industrie intelligente pour fabriquer et livrer à la demande, en flux tendu.

Mieux que SIgfox ou LoRa, la 5G c’est aussi la promesse induite de la généralisation des objets connectés et des capteurs très bas coûts, bas débits, très nombreux, avec des piles capables de durer 15 ans.

La 5G c’est enfin et par définition le réseau des IoT dits critiques. Un expert rappelait d’ailleurs dans une récente tribune qu’avec la 5G, « nous allons obtenir une fiabilité de 99,999 %, couplée avec des latences extrêmement faibles (1 ms au minimum) et c’est la combinaison des deux qui permettra de traiter des applications jugées jusqu’alors trop sensibles pour la mobilité : voitures connectées, équipements de santé, applications industrielles ».

Pour le grand public, la 5G servira surtout à jouer en ligne et à profiter du streaming en très haute qualité. Il est vrai que la 5G préfigure des débits tellement rapides et des latences tellement imperceptibles, que tout le monde aura la capacité de profiter de la super haute définition tout le temps et en tous lieux (4K, 8K), mais aussi d’offres élargies de jeux vidéo en streaming hyper fluides et réalistes.

Mieux encore, la 5G promet de véritablement révolutionner le spectacle audiovisuel en proposant des solutions immersives abouties (dans un stade, un concert, sur un plateau de cinéma, …), le tout comme si l’on y était. Le couplage de captations d’images multi-plans, avec des lunettes de réalité virtuelles autonomes et même des capteurs de sensations toujours plus nombreux, promettent des scénarisations spectaculaires, notamment de course automobiles, mais aussi forcément un nouveau rebond pour l’industrie adulte qui y verra le moyen, après avoir subi le piratage et les offres Internet gratuites, de capter des offres payantes autour de nouveautés (rappelons que Canal+, tout comme d’autres opérateurs après, a notamment forgé une partie de son succès originel sur la nouveauté apportée en matière d’offre de sports et de contenus pour adultes).

La Réalité Virtuelle et Augmentée seront probablement les deux marqueurs les plus signifiants de la révolution 5G, comme le Smartphone l’aura été pour l’Internet mobile. Pour le grand-public, la Réalité Virtuelle va décupler le spectacle immersif, et la Réalité Augmentée nous permettre de visualiser chez nous un meuble, un vêtement, un look, …. Avant de passer commande d’un clic. Les intérêts sont tout aussi prégnants pour le milieu professionnel (formation, interventions, magasins, …), médical et éducatif, d’autant qu’avec la 5G, il n’y aura plus de rupture de couverture (comme avant entre les réseaux fibrés ou non, mais aussi Intranet privés ou ouverts).

PROMESSES, PROMESSES, …

Bref, la 5G, c’est top, c’est moderne et c’est inéluctable. Donc pas le choix ni moyen d’y échapper.

D’ailleurs on nous résume tout ça en nous martelant que la 5G c’est plus rapide, plus connecté, plus réactif, …. Et même, plus écologique.

Ah bon ? Écologique la 5G ? Il faudra toutefois penser à changer tous nos smartphones en mettant au rebus les actuels, fussent-ils récents, mais aussi nous équiper d’une foule d’objets connectés, finir par abandonner les liaisons fixes au profit des liaisons mobiles pourtant plus énergivores, démultiplier le nombre d’antennes, de micro-satellites et de datacenter pour soutenir la surcharge du réseau consécutive à l’effet rebond d’augmentation du trafic, …

Qu’à cela ne tienne, on nous assure quand même que la 5G sera écologique, du moins sur le papier, car dans les faits, c’est bien plus compliqué d’autant que la 5G va cohabiter très longtemps avec la 4G, et non pas s’y substituer, et qu’on parle donc d’augmenter l’empreinte numérique.

Certains experts ont pourtant prévu que la 5G permettra d’atteindre 90 % de réduction de la consommation d’énergie du réseau en utilisant des modules particulièrement économes, limitant ainsi l’impact sur l’environnement.

La performance énergétique, ce fut l’argument choc des opérateurs, notamment Verizon dont le PDG a assuré lui-aussi au CES 2019 que « les équipements réseaux et terminaux 5G consommeront 10 % de l’énergie consommée par leurs équivalents 4G ».

L’ARCEP pondère quelque peu cet enthousiasme en rappelant que « à usages constants », donc sans augmentation du trafic, les antennes relais 5G seront moins énergivore…. Sauf que plus on a de bande passante, et plus on en consomme, et que de fait, l’amélioration de l’efficacité énergétique de la 5G sera insuffisante pour contrebalancer ses effets sur l’environnement.

L’ARCEP l’illustre d’ailleurs parfaitement bien en déclarant que le cloud gaming « pourrait conduire à une augmentation d’usage susceptible de contrebalancer les éventuels gains énergétiques qu’il aurait permis d’exploiter ».

Chez ORANGE, on avance que l’impact écologique est ailleurs : « la 5G accélérera la multiplication de capteurs pour un monitoring généralisé de la pollution, du bruit, de la température, de l’humidité… La prise de décisions en temps réel bénéficiera directement à la gestion des villes, de l’agriculture, du trafic… ».

Mieux encore, grâce à l’Edge Computing et au traitement local des données, la capacité de calcul sera disponible sur place, au moyen de nos supers smartphones 5G dotés de puces bardées de coprocesseurs neuronaux, et ce sans devoir déplacer les données et les calculs dans le Cloud comme nous le faisons aujourd’hui, notamment quand on interroge SIRI ou tout autre assistant vocal…. Or selon les calculs, cela devrait réclamer moins d’énergie de traiter les données localement, qu’il n’en faut pour les déplacer dans le Cloud.

L’architecture décentralisée de la 5G permettrait donc des économies d’énergie puisque les données ne sont plus forcément traitées dans des sites centralisés répartis dans le Cloud, mais localement…

Disons plutôt que dans ce cas, c’est l’utilisateur qui paye la note énergétique et matérielle avec son smartphone 5G, et donc que l’opérateur ubérise en quelquesorte ses coûts d’exploitation. Bien joué.

Ceci reste par contre totalement antinomique avec une autre déclaration des experts bien-pensants de la 5G qui nous prédisent une forte baisse de la consommation de nos smartphones qui n’auront plus, typiquement pour exécuter un jeu ou une application, à tout calculer en sollicitant pour cela leurs processeurs quadri-cœurs, mais à juste à visualiser le rendu vidéo du résultat interprété ailleurs sur des serveurs distants. C’est typiquement le cas du Cloud Gaming où la puissance de jeu est louée par abonnement, puis streamée comme une vidéo. Le Français BLADE en est l’un des précurseurs de ce que l’on peut véritablement appeler le « jeu – vidéo », mais les géants GOOGLE, SONY, MICROSOFT, STEAM et même AMAZON sont désormais dans la partie…

Déporter ailleurs les opérations qu’on ne peut pas réaliser localement sur son équipement, sans latence, pourrait effectivement libérer de la puissance de calcul, donc renforcer l’autonomie et même l’usage de nos smartphones.

Mais rien ne dit que nous ne continuerons pas quand même à succomber à la mode du tout dernier iPhone toujours plus performant, même si l’actuel pourrait encore largement faire l’affaire. Et tant pis pour l’usage immodéré des terres rares à l’autre bout du monde, au mépris de l’écologie des sites et de l’empreinte carbone nécessaire pour fabriquer un smartphone (80% d’impact dès la production).

Ne comptons donc pas sur la 5G pour modérer les ardeurs des équipementiers à nous vendre toujours plus de smartphones et bientôt d’objets connectés et autres gadgets qui iront avec. 

LA 5G – LES LEVIERS BUSINESS

Pour les abonnés télécom, la 5G va favoriser les usages multimédias et le streaming, les deux représentant déjà plus de 80% de l’usage d’Internet aujourd’hui. Mais il y a fort à parier que l’abonnement de base ne pourra augmenter qu’à la marge, voire pas du tout. Les opérateurs vont alors chercher à se refaire avec des offres disjointes connexes (pour la voiture, la domotique, etc).

Pour les abonnés professionnels, disons-le les entreprises, ce sera très différent. Ils pourront enfin disposer, grâce au mécanisme de virtualisation logicielle des réseaux 5G (appelé network slicing), de réseaux privés, et même prioritaires, avec une vraie garantie de services, le tout permettant de contribuer à l’exploitation de leurs opérations critiques, mais aussi de protéger leurs actifs. Les professionnels vont ainsi rémunérer au prix fort les opérateurs télécom pour cela, ce qui générera des revenus très significatifs (notamment pour les métiers en devenir à forte dimension sécuritaire comme la voiture autonome, la santé, et l’industrie 4.0).

Mais à l’instar de la ruée vers l’or où les vendeurs de pelles et de pioches ont souvent gagné bien plus d’argent que les chercheurs d’or eux-mêmes, ce sont là-encore les équipementiers de la 5G qui vont de très loin le plus profiter de l’aubaine de cette révolution.

Avec la 5G, il est question de devoir installer trois fois plus d’antennes que pour la 4G afin d’assurer la même couverture. C’est d’ailleurs confirmé par la réalité du terrain puisque les opérateurs Chinois ont déjà dû déployer plus de 80.000 sites 5G en Chine depuis un an.

Il faut dire qu’avec la technologie 5G, chaque opérateur devra installer des stations de base tous les 100 mètres dans toutes les zones urbaines du monde. Si les antennes relais étaient jusqu’ici installées en hauteur, avec la 5G, ces relais intermédiaires seront positionnés comme des bornes WiFi, partout dans l’espace public, devant les habitations, les commerces, les transports en commun, le tout à hauteur d’homme ce qui ne va pas sans poser la question de l’impact sanitaire (nous y reviendrons).

Bref, en plus des millions de stations de base 5G, et des 20.000 nouveaux satellites qui seront lancés, c’est en centaines de milliards qu’il faudra compter le nombre d’objets connectés à déployer.

L’équipementier ERICSSON prévoit d’ailleurs que c’est le renouvellement du matériel grand public qui aura le plus fort impact sur l’environnement.

Stéphane RICHARD, le Président d’ORANGE, estime quant à lui que c’est en dernier ressort au consommateur de trancher : « C’est presque un débat philosophique et en tous cas une question de liberté individuelle. La 5G représente un progrès qui n’est pas mauvais en lui-même. Tout dépend de la consommation que vous en ferez. Après, chacun est libre de ne pas participer à la surconsommation numérique ».

LES AUTRES LEVIERS DE LA CONTESTATION

C’est précisément parce que le déploiement de la 5G aura forcément une empreinte écologique majeure, que des intellectuels, et pas seulement des experts du sérail, commencent aussi à s’y intéresser.

L’astrophysicien Français Aurélien BARRAU qui s’est récemment fait remarquer par l’impact de ses ouvrages sur l’écologie, notamment depuis son best-seller Le Plus Grand Défi de l’histoire de l’humanité (aux éditions Michel LAFON, mai 2019), n’a pas mâché ses mots sur la 5G.

Aurélien BARRAU nous dit : « On prépare donc le réseau téléphonique 5G. Activement. Avec frénésie et impatience ! Pour un temps de latence un peu amoindri et la certitude que les vidéos seront visibles « outdoor » sans la moindre interruption, nous allons déployer d’innombrables antennes, détruire les précédentes, tout renouveler – sans doute en de multiples exemplaires, opérateurs disjoints obligent … Voila l’archétype de ce qui mène au désastre. Notre incapacité structurelle à dire « ça suffit, nous n’avons pas besoin, pas envie, de cette débauche insensée. La 5G tue. Non pas à cause des effets des ondes sur la santé humaine. Mais en tant que création artificielle d’un besoin arbitraire aux conséquences dévastatrices ».

De façon plus modérée, l’OMS a de longue date classé les rayonnements électromagnétiques parmi les cancérigènes possibles.

À Bruxelles, la Ministre de l’Environnement a estimé que “les Bruxellois ne sont pas des rats de laboratoire » pour justifier de sa décision d’attendre de disposer des moyens fiables de mesurer efficacement le rayonnement des antennes 5G avant tout déploiement dans la capitale Belge. 

Pour les Américains, le problème est réglé. En Août 2019, la FCC (l’équivalent là-bas de l’ARCEP) et la puissante FDA (leur Agence du Médicament et de la Santé), ont conclu de concert que la 5G est tout aussi inoffensive que ne le sont la 3G et la 4G.

En France, l’ANFR (Agence Nationale des Fréquences) répond aux inquiétudes qui persistent en affirmant que « Les téléphones qui seront compatibles avec la 5G n’émettront pas davantage d’ondes que les smartphones actuels, qui se situent sous les seuils réglementaires« .

Mais c’est vrai que depuis le scandale Volkswagen, cela n’est pas forcément de nature à rassurer tout le monde quand aux seuils garantis lors des tests de contrôle dont on sait qu’ils peuvent être fourvoyés grâce au truchement de logiciels de trucage.

Au final, s’agissant de la santé, même si les risques de cancer, de baisse d’immunité ou de fertilité sont toujours débattus, il n’en demeure pas moins que les vrais dangers avérés de l’utilisation frénétique des portables sont d’abord les accidents de la route, les selfies proches des précipices, le manque de sommeil qualitatif, la sédentarisation et le surpoids, la passivité intellectuelle des plus jeunes face à leur environnement, …

ET LA FRANCE DANS TOUT ÇA

Le processus 5G est officiellement lancé depuis le 31 décembre 2019 pour attribuer les fréquences. Les opérateurs ont jusqu’au 25 février 2020 pour déposer leurs candidatures, et les autorisations seront délivrées au cours du second trimestre de cette année, pour une exploitation commerciale possible dès 1er juillet pour certains départements, et d’ici au 1er janvier 2021 pour tous les autres.

Pour palier aux inquiétudes légitimes sur l’espionnage et le sabotage, l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI) a été chargée d’évaluer les équipementiers retenus par les opérateurs. On a aussi appelé cela le décret HUAWEI du nom du constructeur Chinois que les Américains s’évertuent à vouloir bannir de chez eux, et de chez tous leurs alliés. Une autorisation peut ainsi être refusée s’il existe « un risque sérieux d’atteintes aux intérêts de la défense et de la sécurité nationale« .

Mais une autre complication est récemment venue se glisser dans le paysage de ce début 2020. Deux ONG, « Agir pour l’environnement » et « Priartem » ont annoncé vouloir déposer un recours courant Février devant le Conseil d’État contre l’Arrêté du 31 décembre qui fixe le déploiement de la 5G pour la fin de l’année 2020. Selon elles, aucune évaluation préalable des effets sanitaires et environnementaux n’a été menée.

L’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) ne les contredit pas puisque dans son rapport préliminaire rendu public le 27 janvier 2020, dont la version finale est attendue début 2021, l’ANSES relève « un manque important, voire une absence » de données scientifiques sur les effets biologiques et sanitaires liés à l’exposition aux fréquences de la future téléphonie mobile 5G.  

Face à tous ces atermoiements, et compte-tenu aussi de la prise de conscience écologique désormais assez largement partagée dans la société Française, notamment la jeunesse, l’ARCEP a prévu d’organiser courant juin 2020 une conférence pour débattre des enjeux posés par la 5G. Sébastien SORIANO, le Président de l’ARCEP, a ainsi déclaré : « sur la question environnementale, deux thèses s’affrontent : l’une consiste à dire que nous allons vers une surenchère des usages qui induira une consommation énergétique croissante, l’autre que la 5G est plus efficiente de par son architecture. Nous ouvrons ce débat sans a priori ».

Et en attendant, comme nous cherchons inlassablement à être toujours plus hyper connectés, nous pourrions méditer la phrase de Bernard Harcourt issue de son ouvrage « La société d’exposition » publié au Seuil en Janvier 2020. Ce chercheur Franco-Américain a ainsi écrit : « Notre vie numérique commence étrangement à ressembler à celle d’un sujet carcéral sous surveillance électronique. Pendant que certains sont forcés de porter des bracelets électroniques à la cheville, d’autres attachent lascivement leur montre Apple à leur poignet. » 

Songeons aussi que si tout devient hyper connecté autour de la 5G, alors le déploiement ira de pair avec de nouveaux risques de cybersécurité ne serait-ce que par la multiplication des points d’entrée et le fait que l’edge computing favorise aussi une infrastructure plus décentralisée, donc moins facilement contrôlable et mise à jour en terme de sécurité.

En tous cas, les Américains et les Chinois ont bien compris que la 5G était un enjeu stratégique majeur et même vital, et qu’il était donc impératif pour eux d’en maitriser la technologie et les applications pour asseoir et préserver leur souveraineté aussi bien sur le plan économique que diplomatique. De ce point de vue, la probable future guerre des brevets autour de la 5G, dont les Chinois sont devenus les plus gros inventeurs déclarés, pourrait en devenir un effet collatéral dont il est à espérer que les Européens n’en seront pas encore une fois juste tenus à être les clients dociles de l’éternel cycle de renouvellement des standards et des matériels de l’Industrie des télécoms.

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Bernard Chaussegros

Edito – Vidéo à la demande gratuite… Franchement, non merci

En 2019, la prédiction envisagée par certains analystes de renom ne se sera pas réalisée : APPLE n’aura finalement pas racheté NETFLIX, mais au contraire lancé son propre service de Vidéo à la Demande (VOD) appelé Apple TV+.

Moins surprenant, DISNEY n’aura pas non plus renouvelé ses accords avec NETFLIX, mais au contraire décidé de lancer les hostilités – et avec elle la guerre du streaming – en proposant son offre VOD appelée Disney+ à un prix moitié inférieur à celui de son désormais concurrent.

Et que dire d’AMAZON qui déroule inexorablement, fidèle à son habitude d’intégration verticale, avec le pack VOD maison appelé Amazon Prime Video.

Si DISNEY devient certes un concurrent redoutable pour NETFLIX, il n’en demeure pas moins une référence du Cinéma, et somme toute, tant par son catalogue prestigieux que par sa tarification, un complément plutôt qu’une alternative à NETFLIX.

Le problème est naturellement tout autre dès lors qu’il touche à l’incursion autrement plus dangereuse des GAFA sur le marché de la VOD en streaming.

Outre leurs moyens financiers quasiment illimités, les GAFA, au contraire de NETFLIX et de DISNEY, ne sont pas des pure players du streaming. À cet égard, ces géants du numérique ont déjà maintes fois démontré qu’ils étaient par principe prêts à prendre toutes les initiatives – fussent-elles les plus radicales – pour que des services, qu’il s’agisse de musique ou de VOD, servent de levier à leurs autres activités autrement plus lucratives, que ce soit la publicité ou la vente de matériels.

Si NETFLIX et DISNEY ne savent pas gagner de l’argent autrement que par l’abonnement, ce n’est clairement pas le cas des GAFA. Typiquement, AMAZON offre déjà gratuitement l’accès à Prime Vidéo à toute personne qui souscrit un abonnement à Prime, son service de livraison rapide. Dès 2016, Jeff BEZOS déclarait d’ailleurs avec une certaine malice que son groupe parvenait « à monétiser Amazon Prime Video d’une manière très inhabituelle », ajoutant que : « Quand nous remportons un Golden Globe, cela nous aide à vendre plus de chaussures, car les membres de Prime achètent plus que les non-membres ». CQFD…

De ce point de vue, APPLE non plus n’est pas en reste. Après avoir rebattu les cartes de la musique en ligne, le groupe de Cupertino s’attaque désormais frontalement au marché de la VOD avec son offre Apple TV +. L’offensive d’APPLE est clairement destinée à soutenir ses ventes de matériels puisque tout acheteur d’un nouvel iPhone, d’un iPad, d’un Mac, d’un iPod ou naturellement d’un boitier Apple TV, se verra gratifier d’un an d’accès gratuit à Apple TV +. Décidément très enthousiaste, APPLE a même contrevenu pour l’occasion à ses propres règles qui interdisent pourtant strictement à une Application d’envoyer une notification générale faisant la promotion d’un nouveau service. Or, sans avoir jamais utilisé l’icône AppleTV de leur ancien iPhone, des millions d’usagers ont quand même reçu le message Push suivant : « Apple TV+ est disponible – Profitez d’épisodes gratuits de séries Apple Originals, dont The Morning Show, See et plus ». Dans des conditions normales, Apple TV+ aurait pu pour cela être exclu de l’Apple Store…. Un comble…

En tous cas, en procédant ainsi, Apple TV+ va mécaniquement et surtout très vite toucher des centaines de millions d’afficionados de la VOD, et de là réussir à installer durablement ce qui finira toujours par faire la différence quand les catalogues de contenus tendront tous à se ressembler de plus en plus : à savoir l’’expérience utilisateur. Et de ce point de vue, APPLE dispose d’un savoir-faire internationalement reconnu, et même unique, qui a fait ses preuves grâce à Steve Jobs et que les nouveaux utilisateurs de la marque adoptent très vite, au point d’ailleurs de ne plus pouvoir s’en départir au bout de seulement 1 à 2 ans… Les plus accros font ensuite la queue pendant des heures pour avoir le privilège d’être les premiers à acheter le nouveau modèle siglé d’une pomme croquée ….

À tout cela, DISNEY répond par la force et l’histoire de sa marque ainsi que par une tarification très agressive. NETFLIX lui le fait par ses accords de reprise signés avec plus de 100 opérateurs et surtout un catalogue pléthorique soutenu tous les ans à coups de milliards de dollars investis pour assurer la production de contenus exclusifs et l’acquisition de droits.

Mais la tendance de fond vers la « gratuité » du streaming VOD, or contenus sportifs, qu’elle soit réelle ou attachée à l’achat d’autres biens et services (notion de bundle comme pour Apple ou Amazon), semble néanmoins devenir une réalité avec laquelle il faudra de plus en plus souvent savoir composer. À ce propos, France Télévision, TF1 et M6 qui mettent actuellement la dernière touche à la constitution de leur offre VOD commune appelée SALTO, devraient déjà s’en préoccuper.

Que dire aussi du piratage de masse qui prend dorénavant des proportions d’autant plus grandes qu’il suffit d’être équipé d’un simple téléviseur connecté, d’un smartphone ou d’un ordinateur de grandes marques, et non pas d’un obscur décodeur Chinois sans nom, pour s’abonner très simplement à des offres illégales qui assurent une qualité de service parfois digne des plus grands opérateurs, voire quelques fois deviennent un recours pour les abonnés légitimes quand les plateformes légales boguent….  On se rappelle tous à ce sujet du fracas causé par le post Facebook du PSG qui a communiqué le lien pour un stream à l’étranger quand la plateforme SFR avait crashé et rendait impossible à leurs abonnés de visualiser l’entrée en lice du Club de la capitale dans la Champions’ League.

Heureusement, la gratuité n’est pas seulement synonyme de piratage ou de distorsion de la concurrence. C’est aussi depuis toujours le business model des grandes chaînes de télévision privée, comme TF1 ou M6, celui des plateformes vidéo numériques, comme Facebook, YouTube ou Twitter, et avec un moindre succès, celui de la Presse d’Information Gratuite, dont les représentants Français Métro et 20 Minutes avaient à leur lancement fait grincer les dents des grands titres historiques. Au début des années 2000, Serge July avait d’ailleurs écrit à leur sujet dans les colonnes de Libération que « les gratuits se conduisent en flibustiers : imprimés parfois à l’étranger, distribués en dehors des NMPP et pratiquant le dumping en matière de publicité, ils créent une inégalité économique fondamentale entre les vrais quotidiens et le papier journal ».

Mais en matière de streaming VOD, il n’y a pas que APPLE ou AMAZON pour enfoncer des coins à la manière des flibustiers d’antan que dénonçaient avec vigueur Serge July. Il y a aussi un modèle économique sous-jacent à part entière appelé A-VOD : Advertising Video On Demand, à savoir la VOD gratuite financée par la publicité. Comme sur YouTube ou Dailymotion, l’usager profite d’un accès gratuit aux contenus VOD, ou à une partie du catalogue (notion de Freemium), après avoir préalablement visionné une ou plusieurs publicités (généralement profilées). L’opérateur Japonais RAKUTEN, déjà présent en France, a ainsi lancé en Octobre 2019 une offre paneuropéenne appelée RAKUTEN TV en partenariat avec plusieurs constructeurs de téléviseurs (dont la télécommande dispose d’un bouton dédié qui donne un accès direct et gratuit à RAKUTEN TV). Constitué de contenus Hollywoodiens mais aussi nationaux, l’offre RAKUTEN TV devrait prochainement s’étoffer avec du contenu exclusif, des séries, des documentaires, des news, et même du sport. En Novembre 2019, RAKUTEN a depuis dévoilé sa régie publicitaire paneuropéenne qui permettra aux annonceurs TV de disposer d’une alternative ultra profilée qui menacera alors un peu plus les chaînes de télévisions historiques gratuites.

Par-delà l’A-VOD ou les offres en bundle, les détenteurs de droits prennent aussi de leur côté des initiatives qui sont de nature à rebattre les cartes du secteur.

En effet, la désintermédiation entérinée par l’ère numérique et l’Internet haut débit, tout autant que la capacité à toucher tout de suite, en OTT, des millions d’usagers avec un service en streaming, donnent même des idées aux Fédérations sportives. L’UEFA a ainsi récemment pris des initiatives dans ce sens pour démontrer sa capacité à offrir en direct son pack de droits si les prochaines enchères ne lui convenaient pas. Mais c’est de Nouvelle-Zélande que nous vient le deal le plus étonnant et même audacieux. En octobre 2019, SKY New Zealand et la Fédération de Rugby ont en effet scellé un pacte par lequel SKY obtient pendant 5 ans l’exclusivité des droits de diffusion des matchs du championnat néozélandais et des All Blacks, contre l’octroi de 5% de leur capital à la Fédération sportive.

Toujours est-il que la généralisation du modèle de gratuité pour les services de VOD n’est fort heureusement pas inexorable, ni encore moins une fin en soi. Et c’est tant mieux pour la création et la pluralité culturelle, et pas uniquement du point de vue des moyens dont pourraient disposer ou pas nos réalisateurs et notre cinéma.

En effet, quand plusieurs offres gratuites de contenus VOD luttent pour toucher la même audience, les algorithmes qui sont déjà à l’œuvre avec la révolution Internet ont malheureusement démontré que la capacité d’une vidéo à faire des millions de vues tenait non pas sur qui la propose, mais plutôt sur le nombre de gens qui y sont réceptifs, ce qui fait mécaniquement le bonheur des théoriciens du complot et autres contenus de piètre qualité. Le pouvoir bascule donc vers la demande plutôt que vers la création originale et audacieuse car dans un monde de plateformes et d’agrégation de contenus où le meilleur cohabite avec le pire, c’est désormais la masse des usagers qui décident de ce qui est intéressant ou pas de voir et de traiter. C’est pareil en matière politique quand on voit comment les populistes en profitent en parlant aux gens de ce qu’ils veulent entendre, plutôt que de se soucier de l’intérêt général et du long-terme qui obligent parfois à certains compromis et réformes.

Et n’oublions jamais que si un service est gratuit, c’est d’abord parce que c’est nous le produit….. et non pas l’inverse.

Le généreux donateur collecte alors gratuitement nos données les plus intimes, en les croisant avec des millions d’autres, pour aller nourrir un peu plus l’intelligence artificielle détenue hors de nos frontières Européennes, et dont il vend les scories aux annonceurs avides de nous convertir aux grandes messes consuméristes venues elles aussi d’ailleurs, comme le Black Friday ou le Nouvel An Chinois….

Finalement, à défaut d’avoir le « Pouvoir », il nous restera au moins toujours le « Pouvoir d’Achat ».

Laurent Jabiol

EDITO- « DEEP FAKE » – UNE ARME TERRIFIANTE DE MANIPULATION MASSIVE

Même si nous avons inventé le terme Français d’INFOX qui est à la fois simple et particulièrement bien adapté, c’est malheureusement encore et toujours celui de « FAKE NEWS » dont on continue à nous parler le plus souvent.

C’est très dommage car l’emploi à outrance d’anglicismes contribue souvent à mettre en place une certaine distance avec la réalité, et par voie de conséquence, à baisser le niveau de connaissance et donc de vigilance générale de la population face aux dangers encourus.

Et s’agissant du danger de la désinformation de masse, l’émergence très récente des « DEEP FAKE » préfigure assurément un bouleversement aussi profond que l’aura été celui des réseaux sociaux au cours de la dernière décennie.

Selon la définition la plus simple, les « DEEP FAKE » sont des vidéos ou des enregistrements audio fallacieux qui sont produits de toute pièce ou truqués grâce à l’Intelligence Artificielle.

L’Intelligence Artificielle se nourrissant essentiellement de la masse de données collectées pour affiner encore et toujours la pertinence et l’efficacité de ses algorithmes, il est donc normal que les toutes premières victimes des DEEP FAKES aient été des personnalités dont les algorithmes pouvaient disposer par avance afin de s’étalonner d’une multitude de photos, de vidéos et d’enregistrements.

Rien d’étonnant donc au fait que les tous premiers DEEP FAKE qui ont été repérés dès 2017 sur la plateforme REDDIT aient mis en scène de célèbres actrices Hollywoodiennes dans des films pornographiques. Car le DEEP FAKE est rarement jugé pour sa performance artistique, ou sur sa pertinence tout court, mais plutôt sur son pouvoir de nuisance et sa capacité à nourrir le scandale et le complotisme, tout autant que le penchant des masses à s’en repaitre que pour autant que cela concerne les autres, voire mieux, une élite.

Eric Schmidt, qui fut pendant 10 ans le patron de Google (donc de YouTube aussi), a quelquepart prédit tout cela lorsqu’il a très tôt déclaré qu’Internet était la première chose que l’homme avait créée sans la comprendre, et que c’était la plus grande expérience en matière d’anarchie jamais réalisée.

Dans ce chaos où les fausses informations se créent en masse et circulent partout avec fracas et sans aucun garde-fou, ce sont pourtant les algorithmes très élaborés des réseaux sociaux majeurs – comme ceux de YouTube, Facebook ou encore de Twitter pour ne citer qu’eux – qui sont à la manœuvre pour vous faire rester le plus longtemps possible sur leurs plateformes respectives, quitte pour cela à mettre en œuvre un processus ultra addictif destiné à vous y faire perdre un maximum temps. C’est en cela le même modèle addictif que celui adopté depuis toujours par les chaînes de fastfood qui tentent elles de vous faire oublier tout bon sens élémentaire en matière de nutrition, ou celui des casinos où l’idée est de vous faire perdre tout repère de la valeur de l’argent en le présentant sous forme de jetons colorés.

Rien d’étonnant donc là non plus à ce qu’un ancien ingénieur Français de YouTube, qui se présente aujourd’hui comme un repenti, ait récemment déclaré dans une interview qu’il avait lui-même contribué à créer des cercles d’enfermement algorithmique destinés à offrir à chacun les contenus qu’il désire voir et inciter en retour les Youtubeurs à la surenchère. Il cite en exemple avoir calculé que l’algorithme de YouTube recommandait la théorie de la Terre plate environ dix fois plus que les vidéos qui expliquent comment on sait que la Terre est ronde.

Cet ingénieur plein de remords dénonce désormais ces « cercle vicieux qui amplifient toutes les formes de haines », mais qui sont justement très efficaces en termes de nombre de vues, au point d’ailleurs que les créateurs haineux sont souvent mis en avant sur la page d’accueil de YouTube parce qu’ils sont justement hyper efficaces pour nous faire regarder de la publicité.

Toujours est-il que pour revenir aux DEEP FAKE, ils sont de plus en plus réalistes et difficiles à détecter autrement que par le recours à l’Intelligence Artificielle elle-même. Le phénomène touche désormais aussi la sphère politique et économique et menace déjà les prochaines élections Américaines de 2020. Les prémisses en sont là puisque dès l’an passé nous avons tous vu circuler des vidéos truquées montrant Barak Obama qui insultait vertement Donald Trump, ou encore l’opposante Démocrate Nancy Pelosi qui paraissait complètement ivre durant un discours.

Les autorités Américaines s’en inquiètent très sérieusement au point d’ailleurs que depuis cet été elles commencent à remettre en cause la sacro-sainte protection en forme d’immunité dont jouissent les plateformes Internet en matière d’irresponsabilité sur les contenus qu’elles hébergent.

En contre-attaque, Susan Wojcicki qui est la Présidente de YouTube, a déclaré fin août 2019 qu’il était plus important que jamais d’accepter tous les contenus sensibles parce que « YouTube est bâti sur le principe de l’ouverture », et ce même si « cela revient parfois à laisser en ligne du contenu qui n’est pas mainstream, qui est controversé voire offensant ». Elle a par contre jugé utile de souligner que : « les contenus problématiques représentent 1 % du contenu de YouTube, et nous travaillons chaque jour à réduire encore ce nombre » …. « une raison pour laquelle nous mettons à jour régulièrement nos conditions d’utilisation ».

Oui, vous avez bien lu…. Et pour le coup, ce n’est malheureusement pas une « infox »…

Plus grave encore, le phénomène des DEEP FAKE sort désormais peu à peu de l’ombre et de son côté uniquement obscur en tentant au passage de se débarrasser de tous ses aspects sordides pour mieux capter l’intérêt et la crédulité des populations, d’abord les plus jeunes qui seront le cœur de cible des prochaines années…. Quand la technologie DEEP FAKE sera fin prête, et quasiment indétectable.

Par exemple, la toute nouvelle application Chinoise ZAO fait déjà un énorme carton depuis cet été en Chine, devançant au passage toutes les autres au hit-parade des téléchargements, même le phénomène mondial Tik Tok lui aussi né en Chine. Avec ZAO, il suffit de prendre quelques selfies, et hop, l’application vous permet en un clic d’insérer et d’animer votre visage en lieu et place de celui d’un personnage célèbre dans un extrait de film, une séquence sportive, un clip vidéo, …., le tout en quelques secondes à peine, et avec un réalisme absolument stupéfiant.

Peu avant ZAO, l’application Russe FACE-APP avait déjà très largement fait le buzz jusqu’en France en vous permettant de transformer votre photo ou celle de quiconque en la vieillissant. Des centaines de milliers de photos ont ainsi été collectées et pourraient parfaitement demain servir à parfaire la pertinence des algorithmes d’Intelligence Artificielle qui pourraient alors étendre les capacités de faire des DEEP FAKES au-delà des seules célébrités ou élites.

Des logiciels récents permettent déjà d’imiter n’importe quelle voix en y insérant pour cela uniquement quelques minutes d’enregistrements. Futile me direz-vous ? Et bien non car début septembre 2019, a eu lieu la toute première « arnaque au président » au moyen d’un DEEP FAKE audio. Une entreprise Autrichienne a été appelée et le responsable du service financier a cru s’entretenir au téléphone avec son patron dont l’algorithme avait reproduit fidèlement à la fois la voix, mais aussi les intonations et les tics de langage en Allemand. En confiance, le service financier a alors exécuté le virement urgent que la voix truquée demandait de faire, et ce sont des centaines de milliers d’Euros qui se sont évaporés dans la poche des cybercriminels.

Alors que ferez-vous demain quand ce sera un de vos très proches qui paraitra vous appeler en panique pour vous demander une aide d’urgence avec conviction, ou que vous verrez une vidéo montrant une personnalité politique, et non pas son hologramme, venir confirmer une rumeur qui jusqu’ici avait déjà fait son œuvre pernicieuse en se répandant sur les réseaux sociaux ? Aurez-vous l’esprit critique et la distanciation nécessaires en toutes circonstances ?

Ce sera pourtant primordial car si malgré les nombreuses images qui existent du premier alunissage ou de la destruction des tours du Wall Trade Center, certains complotistes continuent encore de s’échiner à vouloir y décrypter une tout autre vérité, alors prenons en considération qu’ils n’auront bientôt plus rien à faire que de presser un bouton pour que la vidéo ou l’enregistrement sonore truqués fassent le job tous seuls. Et c’est bien là que réside le danger de la manipulation massive des populations avec des conséquences majeures que l’on peine probablement à mesurer réellement.

Prenons un exemple en France qui a nourri l’actualité. Le Journal du Dimanche a révélé tout au long de l’été en quoi l’affaire dite Libyenne était très probablement partie d’un « vrai faux » document officiel sur lequel était évoqué un virement de 50 millions des Libyens pour financer la campagne électorale du candidat Nicolas Sarkozy.

Sa divulgation par Mediapart pendant l’entre-deux tours de la présidentielle de 2012, dont nombreux sont ceux qui estiment qu’elle a peut-être couté sa réélection au candidat Sarkozy, pourrait donc être une DEEP FAKE papier qui aurait été fournie à la presse par celui-là même qui l’aurait créé…

La question que l’on peut se poser c’est ce qui se passera dans les prochaines années quand un état, un cybercriminel ou un opposant ne vont pas se contenter de falsifier un vrai faux document et le fournir aux media, mais au contraire leur procurer une vidéo compromettante ultra réaliste. Imaginons rétrospectivement les ravages qu’auraient eu une vidéo DEEP FAKE montrant en mode caméra cachée le Colonel Kadhafi pactiser avec Nicolas Sarkozy sous une tente, et lui remettre au passage des valises entières de billets.

Nul doute alors que les opposants s’en seraient emparés avec rage et force, et avec eux la presse et la Justice, et que tous les autres, même parmi eux les militants sincères, auraient à minima douté.

Voilà pourtant l’ère que nous préparent les DEEP FAKE, et les relais médiatiques pour les diffuser ne manqueront pas au-delà même des réseaux sociaux. A ce titre, des chaînes de télévision comme Fox News ou RT Russia ont déjà démontré leur propension à relayer trop précipitamment quelques « infox », comme par exemple les « no go zone » en plein Paris.

Et comme le disait en 2016 l’éminent journaliste Pierre Péan qui nous a récemment quitté à la question de savoir s’il avait l’impression que nous étions mieux informés qu’auparavant : « avec le culte de l’immédiateté et les chaines d’information continue, on a l’impression d’en savoir plus, d’être informés en permanence sur tout ce qui se passe. Mais dans cette masse effrayante d’informations, la manipulation est plus facile, et finalement le citoyen est, me semble-t-il, moins bien informé qu’il y a 25 ans. »

Mais il faut savoir qu’il n’y aura même pas besoin de media complaisants ou peu regardants pour que les DEEP FAKES créent des ravages inimaginables.

Demain, votre poste de télévision ou votre décodeur TV, qu’il soit d’ailleurs connecté ou pas à Internet, pourra lui aussi être truqué et vous proposer une séquence vidéo DEEP FAKE incrustée en lieu et place du programme officiel que vous regardez. Imaginez-vous en train de visionner votre JT préféré, et dans un plan séquence inséré depuis un petit drone qui survole votre quartier et qui propose un signal plus puissant que celui de l’émetteur terrestre (c’est d’ores et déjà possible car l’expérimentation a déjà eu lieu), votre présentateur vous expose un scandale, preuve vidéo à la clé. Là c’est certain, stupéfait, vous ne pourrez probablement qu’y croire…… au moins un temps, parfois assez pour avoir relayé l’info d’un tweet et lui avoir alors donné la crédibilité nécessaire auprès de vos proches, et ainsi de suite, pour que le cancer de la rumeur se répande alors de façon fulgurante.

Faut-il se rappeler que les massacres génocidaires commis au Rwanda sont notamment partis de fausses rumeurs relayées par les radios pour comprendre l’impact que de telles agissements pourraient avoir dans des pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie où les plaies du passé ne sont pas encore totalement refermées, voire même parfois encore très vives ?

Alors que faut-il faire ?

En collaboration avec IBM, les équipes de R&D du New York Times travaillent déjà sur un démonstrateur visant à utiliser à terme la blockchain pour lutter contre l’utilisation et la propagation des Fake news.

De leur côté, les autorités Françaises ne sont pas en reste et se sont d’ores et déjà penchées sur la question. En août 2018, le CAPS (Centre d’analyse, de prévision et de stratégie) qui dépend du Ministère des Affaires étrangères, et l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’École militaire) du Ministère de la Défense, ont rédigé un Rapport commun intitulé : Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties.

En plus de la responsabilisation des plateformes, il y est question d’éducation des plus jeunes dès l’école. Nous apprenons bien en cours de Français à décrypter les grands auteurs, alors effectivement pourquoi pas éduquer nos plus jeunes à l’image et aux média audiovisuels, ainsi qu’à la pensée critique et à l’argumentation rationnelle. Le rapport indique très justement qu’il s’agit d’ailleurs là d’une « mesure d’hygiène publique, comme il a fallu, au XIXe siècle apprendre à se laver les mains ».

Les auteurs poursuivent leurs recommandations en relevant qu’une partie de l’éducation devrait consister à faire prendre conscience de ce qu’il est déjà possible de faire (trolls, bots, deep fake, …), mais aussi, à apprendre, dans les écoles, à non seulement déconstruire mais aussi construire de fausses informations et des théories conspirationnistes.

Nous avons commencé cet édito en parlant de sémantique autour des termes d’Infox et de Fake News. Les services secrets Russes ont depuis très longtemps une expression pour désigner les vidéos qui permettent de manipuler l’opinion ou un individu : ce sont les « Kompromat ».

Les DEEP FAKE seraient donc finalement l’évolution directe et logique des Kompromat, mais cette fois-ci avec l’appui déshumanisé de l’intelligence artificielle qui en décuplera le nombre et la crédibilité, sans oublier l’incroyable caisse de résonance que procure l’anarchie numérique, à savoir l’échange et le partage immédiat, anonyme et désintermédié de n’importe quelle « information ».

Laurent Jabiol et Bernard Chaussegros

 

Edito – Financer l’exception culturelle… et limiter les effets de bords

Le 23 Avril 2019, la chronique « question éco du jour » de Radio Classique a donné l’occasion à Bernard Chaussegros, Président de l’OTA, de rappeler qui finance réellement le Cinéma Français, et donc notre exception culturelle.

Et les chiffres sont éloquents.

Alors que Netflix et ses quelques 5 millions d’abonnés en France tutoie désormais Canal+ en termes de part de marché, la contribution qu’ils se sont engagés à verser au Centre National du Cinéma (CNC) se montera l’an prochain à seulement 2% de leurs revenus, soit à peu près 9 millions d’Euros.

C’est donc un peu moins de 2 € par abonné et par an, à savoir 15 centimes par mois, que Netflix déversera prochainement sur le CNC, là où nos salles de cinéma abondent quant à elles à hauteur de 140 Millions d’Euros, et les chaînes de télévision, Canal+ en tête, apportent 290 Millions d’Euros.

Derrière les chiffres, c’est bien du choix d’un modèle économique dont il est question, et s’agissant du Cinéma, c’est aussi avant tout de culture, d’identité, de lien social, et au final d’indépendance, dont il s’agit. Comme l’a rappelé Bernard Chaussegros, un film, c’est une œuvre ; et une œuvre, ça transcende les générations. Quatre au moins peuvent prendre du plaisir à regarder un Louis de Funès, là où une série star, qu’elle soit sur Netflix ou sur Canal+, segmentera son public au point de s’effacer de nos mémoires au rythme des saisons qui passent.

Et si notre exception culturelle est un bien précieux, et qu’il ne faut décidément pas compter sur Netflix, Amazon, Facebook, Apple, Google & co pour nous la financer, alors se pose la question de comment préserver la capacité financière de soutien de nos salles de cinéma et de nos chaînes de télévisions qui, en cumulé, apportent presque ½ milliard par an au CNC.

Le Cinéma a naturellement son modèle économique propre basé sur la dynamique de fréquentation des salles. C’est une industrie du spectacle à part entière.

La Télévision quant à elle, selon qu’elle est gratuite ou payante, publique ou privée, obéit à des règles multiples qui ont longtemps perduré et permis de soutenir notre exception culturelle. Mais aujourd’hui, ces règles établies sont très fortement chahutées, notamment du fait de la déferlante des GAFA, du très haut débit et des écrans personnels que sont nos smartphones.

La télévision publique a ses propres contraintes, mais c’est surtout la manne de la redevance audiovisuelle qui pourrait finir par se tarir puisque la mode n’est décidément plus aux taxes. Une fois remise en concurrence frontale avec les chaînes privées gratuites qui vivent essentiellement de la publicité, elles vont contribuer à les affaiblir un peu plus, autant que les GAFA qui opèrent eux-aussi sur la manne de la publicité. Heureusement pour elles, nos chaînes publiques françaises conserveront cependant deux atouts majeurs : d’une part leur réseau de chaînes régionales qui, en se modernisant, feront écho aux mutations décentralisatrices qui visent à redonner du pouvoir de vie localement, et d’autre part dans la perspective de fédérer un audiovisuel mondial de la francophonie, ce qui revêt sans conteste un potentiel incroyable de développement et de coopération.

La télévision privée est par contre déjà sous très, voire trop forte tension.

Les chaînes gratuites perdent le bénéfice de l’audience de masse à la faveur de la multiplication des services (rien que sur la TNT, nous sommes passés de 6 chaînes à désormais 27). Cela engendre un affaiblissement des recettes publicitaires pour les leaders historiques et plus forts contributeurs du CNC que sont TF1 et M6, et de trop faibles revenus pour les nouvelles petites chaînes de la TNT. C’est d’autant plus exacerbé que se généralise la télévision connectée et les fonctions comme le Replay qui diluent encore plus l’impact des rendez-vous d’audience de masse et qui permettent souvent de zapper les publicités. C’est bien pour cela que les chaînes gratuites tentent à toutes fins de multiplier leurs sources de revenus en voulant mettre à contribution les opérateurs télécom, câble et satellite. Cela crée les crises majeures comme celles qu’ont connue TF1 et Canal+, et plus récemment BFM et Free.

Les Opérateurs Télécom ont pourtant déjà leurs propres contraintes financières tout aussi fortes. Ils se livrent à une concurrence effrénée, et se mobilisent aussi pour acquérir des droits uniques (comme Altice le fait avec la Champions’ League), ou pour muscler sans cesse leur package de services (comme Free le fait en rajoutant de la domotique et Netflix, entre autres, sur sa nouvelle Box Delta).

Les opérateurs de bouquets comme CanalSat luttent quant à eux face à l’inflation délirante des droits, notamment sportifs, mais aussi face à l’arrivée des solutions low cost comme Netflix, et aussi contre la plaie du piratage de masse liée au streaming. Dans ce contexte, la capacité de financement des chaînes gratuites par les opérateurs télécom et de bouquets payants, et par voie de conséquence in fine celle aussi du CNC, est donc fortement compromise.

Viennent ensuite les acteurs dérégulés de l’Internet qui opèrent avec d’autres règles, notamment fiscales, et d’autres armes.

Il y a d’une part les GAFA qui, grâce à l’OTT agissent sur un marché mondial puisqu’ils peuvent s’affranchir d’avoir à trouver un accord avec les fournisseurs Internet nationaux. Ils ont donc des moyens d’action et des leviers ô combien plus grands que ceux de nos contributeurs du CNC.

Il y a d’autre part les constructeurs comme Apple ou Samsung qui font de la Télévision un nouveau moyen de compléter avec des services audiovisuels leur source première de revenus qu’est la vente de matériels, voir aussi souvent qu’ils le peuvent, d’écosystèmes captifs, pour ne pas dire fermés et extrêmement rémunérateurs. Or le CNC ne peut naturellement pas compter sur leur aide massive pour financer notre exception culturelle avec la vente d’iPhone ou de Galaxy – juste au mieux un prélèvement de taxe sur la mémoire pour la copie privée, mais cela reste à la marge et pèse comme une charge sur nos seuls concitoyens, finalement peu sur les géants mondiaux qui nous ont rendus de toute façon accros à leurs produits et à leurs annonces façon Key Note d’Apple.

Mais la prochaine vraie déflagration pourrait bien venir de la 5G. En offrant une couverture très haut débit partout et pour tous, la 5G pourra permettre diffuser en masse de la télévision qualité 4K partout en France. Dans ce contexte, certains imaginent déjà l’obsolescence plus ou moins volontaire parce que programmée de la TNT, et avec elle la récupération de précieuses et très rémunératrices fréquences rares. On privatise bien les autoroutes, les aéroports et la Française des Jeux, alors les fréquences, pourquoi pas dès lors que l’offre universelle de télévision sera maintenue, voire améliorée, pour tous, et partout.

Or ce qui a fait la cohésion et la force de nos contributeurs CNC, ce fut et ça ne peut rester que le Broadcast, notamment lors de grands évènements en direct. Car si tout devient connecté et en ligne, alors les frontières sauteront totalement et la déferlante des GAFA sera alors définitive et totale. Notre PAF actuel sera rangé dans le même placard que l’ORTF…. et notre exception culturelle traitée par l’INA comme le signe d’une autre époque. Nos acteurs de cinéma tourneront uniquement en anglais, feront leur promo sur les seuls réseaux sociaux, tout comme nos meilleurs footballeurs jouent presque tous à l’étranger…. et manient parfois mieux Instagram que le ballon. Et nous, nous serons alors au final peut-être un peu moins culturellement Français qu’avant….

Surtout, on va moins dormir…

En effet, Reed Hastings, le PDG de Netflix a lui-même avoué en 2017 que Netflix était en concurrence avec le sommeil. Il a déclaré aux journalistes qui l’interviewaient : « Vous avez une émission ou un film que vous avez vraiment envie de regarder et vous finissez par rester éveillé tard le soir. Nous sommes donc en concurrence avec le sommeil… Et nous gagnons !« .

C’est certain que Reed Hastings n’a pas été bercé dans sa jeunesse par la série Française « Nounours » car chaque épisode quotidien se terminait inexorablement par un « bonne nuit les petits ».

Laurent Jabiol

 

 

Edito – Ce soir c’est Mcdo et Netflix – Laurent Jabiol

Alors que vient à peine de se clôturer la 44ᵉ Cérémonie des Césars, et que nos regards se portent déjà vers la grand-messe du Festival de Cannes, le Cinéma Français n’a décidément de cesse d’affirmer fièrement au monde son identité et sa vigueur.

C’est vrai que la France – fière de sa langue, sûre de son esprit Universaliste, et forte de son modèle Étatiste centralisé – a su forger et préserver dans le temps long le principe même de « l’exception culturelle ». C’est d’ailleurs à l’instigation de la France que l’Union Européenne a entériné dès 1993 l’instauration d’un statut spécial pour les œuvres et la production audiovisuelles, visant notamment à les protéger des règles commerciales du libre-échange.

Certains argueront qu’il n’y avait décidément qu’en France – parce que nous sommes le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen – que l’intervention de l’État pouvait être ainsi mise au cœur de la protection et de la création culturelle sans que jamais personne n’y suspecte ni n’y décèle une possible dérive dictatoriale.

En tous cas, les Français aiment le Cinéma.

Ils l’ont d’ailleurs inventé, quelque part entre Lyon et La Ciotat, et nous disposons toujours du parc de salles obscures le plus important d’Europe, mais aussi de champions de taille mondiale, au premier rang desquels Vivendi et Canal+.

Les Français aiment résolument leur Cinéma, et ils ont raison parce qu’il est de qualité.

Les Français aiment aussi résolument leur cuisine, un véritable marqueur de l’exception culturelle s’il en est. Pourtant, c’est bien en France, le pays de la gastronomie, que l’on trouve le restaurant McDonald’s le plus rentable au monde. Il se situe sur les Champs-Élysées, lieu emblématique de notre pays et de son attractivité qui reste la première destination touristique mondiale.

Alors certes, certains argueront que le champion du Monde des restaurants McDo tient probablement son succès à la profusion de touristes étrangers qui déferlent à ses abords…. Et bien non, pas seulement, car la France est aussi pour McDonald’s le 2ème marché au monde après les États-Unis, et souvent aussi le plus rentable pour les multiples autres enseignes de Fast-Food qui y prospèrent.

Alors quel rapport avec le Cinéma me direz-vous ? Et bien, j’ose faire le parallèle entre les ressorts du succès de McDonald’s et ceux de Netflix.

Dans les deux cas, l’offre est mondialisée autour d’un catalogue de produits formatés pour être universels, et ci et là de quelques déclinaisons locales. Typiquement, le menu McDo est émaillé d’exceptions nationales (sandwichs, boissons ou desserts) en fonction du pays où l’on se rend, mais le Big Mac et les frites restent systématiquement présents sur la carte, et ce toujours avec le même gout et la même grille tarifaire (on parle d’ailleurs en économie de l’indice Big Mac pour comparer le pouvoir d’achat des pays).

Ce n’est que quand une exception locale rencontre un vif succès, qu’elle peut parfois entrer dans le tronc commun. Cette tactique propre aux groupes mondialisés Américains est finalement applicable à celle de Netflix : un positionnement tarifaire et un marketing redoutable conjuguant à la perfection individualisme et famille, un catalogue de contenus cinématographique le plus mondialisé possible, donc par nature essentiellement anglo-saxon pour répondre aux goûts formatés, avec en plus des créations originales et locales qui parfois deviennent des Best Sellers mondiaux (comme Casa de Papel ou Narcos), et d’autres qui peinent à s’exporter (comme Marseille).

Quel chemin parcouru en tous cas depuis l’inauguration du premier McDo Français au début des Années 70. Et que dire de celui de Netflix qui a été lancé dans l’hexagone le 15 Septembre 2014, et qui vient en Février 2019 de passer la barre des 5 millions d’abonnés en France, et ce donc à peine quatre ans et demi après son arrivée.

Mais l’appétit de Netflix est insatiable. S’il est évident que McDonald’s ne recherche pas la reconnaissance des guides gastronomiques, Netflix joue quant à lui désormais dans la cour des très grands. En effet, le service de VOD a rejoint en Janvier 2019 les six grands studios Hollywoodiens au travers du MPAA, à savoir la toute puissante et bientôt centenaire association Américaine de défense des studios d’Hollywood. Netflix y est désormais l’égal de Walt Disney Studios, Warner Bros. Entertainment, Universal City Studios, Paramount Pictures, Sony Pictures Entertainment et la 20th Century Fox.

Avec une telle omniprésence et une telle taille critique, Netflix, à l’instar de McDonald’s, arrive ainsi à croître bien plus vite que tous ses concurrents. Aux États-Unis, Netflix représente désormais 10% de l’audience cumulée de la TV tous supports confondus. Cela leur permet, comme McDonald’s, d’être capable de remonter leurs prix sans craindre la concurrence. Netflix US vient typiquement d’augmenter ses tarifs de 13 à 18% selon les packages sans que cela ne fasse fuir les abonnés. D’ailleurs, des analystes financiers en viennent à écrire que la plus grosse erreur d’Apple aura été de ne pas racheter Netflix l’an passé, pour 100 milliards de dollars, tant qu’il en était encore temps…

Avec tout cela, notre exception culturelle est de plus en plus malmenée.

Sauf que Netflix arrive, et que pour se conformer à la réglementation Européenne, l’ogre Américain entend « soutenir » le Cinéma Européen, et donc naturellement le Cinéma Français puisque nous sommes le deuxième exportateur de films derrières les États-Unis. Mieux, nous sommes aussi et surtout un relai stratégique pour inonder le marché d’avenir qu’est la Francophonie, notamment en Afrique.

Sauf que Netflix dicte ses règles sans dérogation possible, tout comme McDonald’s qui fait produire en France ses pommes de terre et ses salades, mais selon un cahier des charges extrêmement stricts. Pour Netflix, c’est simple : s’ils sont producteurs, ce sont eux seuls, et non plus en accord avec le Réalisateur, qui décident du cahier des charges des films, et de ce qui est montrable ou pas. Au final, certains alertent déjà sur la dangerosité d’une telle dérive qui formate et annihile la créativité des réalisateurs et des acteurs s’ils doivent se soumette à ce type de producteurs qui recherchent par définition une certaine forme d’uniformisation afin de maximiser leurs gains.

Le réalisateur Pierre Jolivet va d’ailleurs plus loin lorsqu’il a déclaré ces jours-ci à l’antenne d’Europe 1 que « quand Netflix aura gagné totalement le marché, ils feront ce qu’ils veulent, c’est un enjeu politique et même un enjeu de civilisation ».

Alors la prochaine fois que vous prévoirez de vous faire en couple, entre amis ou en famille une soirée ciné/resto, vous aurez le choix entre vous commander un Burger livré par une plateforme comme Uber Eats avant de vous taper à la suite toute une saison complète de votre série préférée sur Netflix – façon Fast Food et Binge Viewing – ou alors de profiter du spectacle d’un bon film sur grand-écran, puis d’un menu sur le pouce en terrasse d’une Brasserie typique.

 

 

EDITO- Média audiovisuels: Les risques de la désintermédiation par Laurent Jabiol

Si le Nationalisme exacerbé aura été un des marqueurs du 20ème siècle, alors il n’est pas impossible que l’Histoire retienne que la Désintermédiation sera celui de notre temps.

Le phénomène est d’autant plus profond que la Mondialisation et la Révolution Numérique touchent désormais des milliards d’individus, et ce par-delà toutes les frontières, qu’elles soient douanières, linguistiques, culturelles ou encore sociales.

Les réseaux sociaux, en faisant croître artificiellement et de façon exponentielle nos cercles de pseudo amis – y intégrant même parfois des stars ou encore des marques comme autant d’intimes – en sont désormais à sublimer le narcissisme absolu de nos selfies à grands renforts de filtres photos intelligents.

Et à l’instar d’Hollywood ou du Sport qui nous offrent du rêve et de l’émotion collectifs en propulsant ci et là des Stars sur nos écrans de télévisions, les nouveaux réseaux TV comme YouTube font d’abord en sorte que l’individu prime. C’est ainsi que Ryan, un enfant américain d’à peine 8 ans, gagne 22 millions de dollars par an à être filmé par ses parents pour déballer des jouets…

La Désintermédiation trouve aussi un écho dans ce qu’il est désormais coutume d’appeler l’Ubérisation.

Ce phénomène consiste précisément à faire exploser les intermédiaires, et avec eux, les empires économiques et les monopoles établis. Mais ce mouvement n’a finalement rien de très nouveau car l’Histoire économique s’est toujours faite en bousculant les systèmes dominants parvenus à leur apogée. Ce qui change au final le plus avec l’Ubérisation, c’est la création d’une nouvelle classe de travailleurs certes indépendants, mais pauvres et surexploités, et parfois même endettés à vie à l’instar des chauffeurs Uber qui doivent acheter leur véhicule. Cette peur ainsi exposée et généralisée du déclassement généralisé, et celle de ne pas pouvoir vivre dignement de son travail, sont précisément – tout autant que le poids des dépenses contraintes et des taxes – au cœur de la colère des Gilets Jaunes.

Mais comme tout va inexorablement plus vite avec le Numérique, à la fois d’ailleurs les fortunes, les échecs et les modes, les méga-plateformes mondiales d’Intermédiation du Cloud nous promettent une Désintermédiation opportuniste, voire même désormais une démocratie directe. Mais c’est forcément le plus souvent à grands renforts de Dérégulation absolue.

Il n’est dès lors pas étonnant que des Mouvements sociaux comme les Gilets Jaunes, et avant eux les Printemps Arabes, s’organisent et se galvanisent autour des Réseaux Sociaux, et ce d’autant plus largement et légitimement que l’auto production audiovisuelle permet à tout un chacun – armé d’un simple SmartPhone – de capter un scoop ou de faire le buzz.

Mais cette Désintermédiation poussée à son paroxysme, tout comme d’ailleurs le Patriotisme quand il laisse la place au Nationalisme, ne saurait cacher sa part d’ombre. Quand toutes les voix peuvent porter – partout, tout de suite et pour tous – et ce d’où qu’elles viennent et sans aucune régulation ni responsabilisation de l’intermédiateur, alors ce n’est plus forcément le peuple qui se manifeste, mais bel et bien la foule. Et malheur à tous ceux – surtout évidemment les élites, les dirigeants ou les corps intermédiaires, et aujourd’hui les média traditionnels – qui pourraient tenter d’argumenter avec une foule : c’est comme vouloir convaincre un supporter ultra qu’aimer le Sport, c’est aussi apprécier le beau jeu que pratique l’équipe adverse, fusse t’il lors d’un Classico. Or aimer la Démocratie, c’est précisément respecter tous les autres, voire permettre la discorde généralisée que pour autant qu’elle empreinte des chemins légalistes. Mais aimer la Démocratie, c’est aussi et d’abord systématiquement refuser la haine, et surtout la combattre quand elle se diffuse aussi rapidement que le font désormais en ligne les théories complotistes les plus ahurissantes.

Car s’agissant des Media audiovisuels, notamment d’information, la désintermédiation peut se révéler être un poison aussi toxique que ne l’est le Nationalisme au Patriotisme.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si de nombreux Groupes Facebook de Gilets Jaunes sont la caisse de résonance de ceux qui ont tout de suite mis à l’index les Media et les Journalistes, notamment les chaînes d’information continue, car l’instantanéité de l’information et son traitement seraient selon eux par nature antinomiques avec la vérité du terrain.

Pourtant, l’indépendance et le sérieux journalistique des Media sont un bien commun absolument essentiel à la Démocratie. En Démocratie, toutes les bulletins exprimés comptent équitablement dans une urne parce que l’avis de chacun est respectable et respecté. Mais la représentativité est essentielle car toutes les voix ne peuvent pas s’exprimer sur le même plan sans qu’on ne pose le filtre de l’exigence d’objectivité, à savoir tout le contraire des selfies postés sur les réseaux sociaux qui sont outrageusement reformatés par des filtres qui ne sont rien d’autres qu’une censure esthétique.

Or sur les réseaux sociaux, parce que la masse de contenus postés y est extravagante, d’autres filtres pas du tout démocratiques s’appliquent à notre insu afin de nous « aider » à nous y retrouver.

Ces filtres sont d’abord de natures technologiques car les algorithmes du Big Data sont devenus indispensables pour naviguer dans cet océan de contenus et de media. Or ces algorithmes découlent toujours de critères sélectionnés par des humains, en l’occurrence ceux-là même qui gèrent les Réseaux et qui vendent à grands prix nos données personnelles.

Et même quand on parle d’Intelligence Artificielle, certains chercheurs éminents commencent à nous alerter sur le fait que les algorithmes de l’IA se nourrissent de leurs propres erreurs et se renforcent dès lors inexorablement dans le temps, parquant ainsi des populations par catégories, pour ne pas dire par classes, et contribuant au passage à renforcer, voire à exacerber les inégalités.

Les filtres sont aussi de natures fiscales. En effet, les méga plateformes d’intermédiation qu’affectionnent tant nos Gilets Jaunes sont pourtant celles-là même qui s’affranchissent de payer leurs taxes en France. Or chaque année, ce sont ainsi des dizaines de milliards d’Euros de contenus Numériques désintermédiés qu’exportent en Europe les géants Américains du Net sans aucun droit de douane ni impôts. Comme le martelait au début des années 90 le slogan publicitaire du PMU: « va comprendre Charles »…

Mais la désintermédiation des Media audiovisuels, dont Youtube et Facebook sont les grands vecteurs et seuls gagnants, comportent un venin bien plus insidieux : les « Deep Fake ».

On connaissait déjà les Fake News, si chères à Donald Trump qui les conjuguent à tous les temps au fil de ses Tweet, autant qu’il les dénonce quand il s’agit d’attaquer en règle CNN (tout comme certains de nos compatriotes attaquent systématiquement BFM).

Les Deep Fake consistent à fabriquer des vidéos ultra réalistes dans lesquelles les visages et les voix de ceux qui apparaissent à l’écran sont modifiés, de sorte à faire croire que la personne a vraiment fait quelquechose, ou prononcé autre chose.

Les Deep Fake ont commencé à sévir sur des plateformes communautaires comme Reddit au travers de fausses vidéos à caractère pornographique mettant en scène des personnalités dont le visage avait été incrusté. Aux États-Unis, certains élus considèrent déjà les Deep Fake comme une menace contre la sécurité nationale. En effet, on peut imaginer le désastre, notamment si elle est relayée par les réseaux complotistes, d’une fausse vidéo mettant en scène un décideur qui prononcerait des choses inconcevables.

Tout comme la Démocratie s’accommode de règles et de contraintes pour préserver le vivre ensemble, les plateformes media de désintermédiation ne pourront pas continuer à ne pas se considérer comme des Media à part entière, et donc à faire elles-mêmes le tri en amont, et non pas à posteriori, des voix qui s’expriment, et de ceux qui postent anonymement des contenus.

Quand on regarde une émission sur une grande chaîne de télévision, alors on sait que l’éditeur peut être attaqué s’il relai imprudemment des propos condamnables ou faux. Ce devrait être la même chose sur Youtube ou Facebook. Car à l’heure des Deep Fake, l’autocensure va devoir trouver un modus operandi, à défaut sinon de nous exposer aux risques et dérives de la censure d’État, ce qui reviendrait à in fine nier la Démocratie au prétexte de tenter de la préserver.

Finalement, tout comme les Forces de l’Ordre sont le rempart de notre République, la vigilance individuelle et collective des citoyens doit devenir le rempart au défouloir que représente, si on ne prend pas le recul critique nécessaire, l’usage sans limite ni contrainte des Réseaux Sociaux comme alternative aux Media traditionnels au seul motif que ceux-ci seraient par nature acquis à la cause d’un Pouvoir autocratique.

Lire la Presse, un Livre, regarder une émission TV sur la TNT où des contradicteurs s’expriment librement, et être surtout assuré que des organismes de régulation comme le CSA ou la Justice veillent en cas de débordement, sont autant de garantie de notre libre arbitre.

Soyons vigilants, et ne laissons pas le bien-fondé de revendications légitimes se faire piéger par les plateformes dont les algorithmes n’y voient qu’une opportunité de plus de nourrir leur voracité hégémonique qui en vient par contre à censurer le tableau l’Origine du Monde du peintre Français Gustave Courbet.

 

EDITO – Les Mutations Profondes de la Filière Audiovisuelle

 

 Le secteur jadis encore florissant de la Production Audiovisuelle Française et Européenne fait aujourd’hui face à un changement de cycle aussi profond qu’irréversible.

 

L’ère des plateformes Internet rebat toutes les cartes, et ce d’autant plus fortement que les géants mondiaux et globalisés que sont Netflix, Amazon, YouTube, Apple ou encore Facebook, prennent résolument et durablement pied dans un paysage audiovisuel désormais élargi à une multitude d’écrans et de situations.

 

Aujourd’hui, les téléspectateurs – tout autant d’ailleurs que les annonceurs – ont plus que jamais le désir de contrôler l’écran, le lieu, le moment et même le rythme auquel ils veulent pouvoir accéder et consommer un contenu. A l’autre bout du spectre, des individus inconnus ou déjà stars, peuvent pourtant prétendre, armés pour cela d’un simple smartphone, à capter une audience incroyable en postant leurs créations originales puis leurs micro chaînes sur lesdites plateformes qui Uberisent inexorablement l’audiovisuel, plus encore que la bande FM aura transformé la radio.

 

Finalement, l’expérience des téléspectateurs va devoir se propager « sans couture » entre tous les écrans et dans tous les contextes, ce qui qui va en retour engendrer de profonds changements.

 

Personne n’ignore plus en effet que les modes de consommation audiovisuels sont désormais totalement différents. On peut regarder des programmes TV et VOD sur n’importe quel type d’écran, n’importe où, et à n’importe quel moment. Cela s’insère dans une expérience numérique de plus en plus poussée où se mêlent réseaux sociaux, contenus personnels et formats d’écrans dynamiques, sans parler des expériences ultra-immersives que nous promettent à terme la réalité augmentée et virtuelle.

 

Pour les producteurs audiovisuels, cela supposera naturellement, et ce dès la création d’un contenu, de prévoir sa capacité à être consommé sur plusieurs tailles d’écrans, en plusieurs séquences, et avec des droits extensibles à plusieurs types de distributeurs. Il leur faudra aussi se doter des moyens techniques de suivre lesdits contenus sur plusieurs temps, écrans et plusieurs réseaux de diffusion, de sorte à permettre entre autre aux annonceurs d’optimiser leurs messages.

 

S’agissant spécifiquement des réseaux sociaux, ils devront être intrinsèquement intégrés au fil conducteur des contenus, et ce afin de permettre aux téléspectateurs de retrouver l’émotion collective qui autrefois se vivait en famille autour d’un même écran et d’une même programmation linéaire. La capacité des téléspectateurs à se regrouper dynamiquement sur les réseaux sociaux comme ils le font déjà au travers des jeux en ligne, les amèneront de surcroît à vouloir obtenir non seulement une vision à 360° de l’évènement (de la même manière que l’on se promène dans l’univers d’un jeu vidéo), mais aussi la capacité à influer, en groupe ou individuellement, sur le fil conducteur narratif et l’issue même d’une histoire.

 

L’autre élément clé sur lequel les producteurs audiovisuels auront à se pencher très sérieusement sera la capacité pour les téléspectateurs à retrouver ou à trouver très facilement un contenu ou alors une séquence en particulier, et ce avec une technologie qui tiendra plus de l’intelligence artificielle et des moteurs de recommandation associés que de la grille de programmes telle que nous la connaissons aujourd’hui. Cela ira même plus loin : l’incursion des GAFA dans l’univers télévisuel, notamment la percée d’Amazon, démontre s’il en était besoin que le contenu audiovisuel va impacter directement la consommation (eCommerce impulsif d’un clic), et pas seulement via la publicité. Dans le futur, gageons que l’intelligence artificielle couplée à des chatbot permettra aussi de donner aux téléspectateurs le sentiment de converser avec leurs idoles, poussant au paroxysme les capacités des annonceurs à être relayés par des influenceurs.

 

Bien entendu, le Sport qui reste le seul contenu qui permette de déclencher sur commande du sensationnalisme et de l’émotion collective – à savoir le Graal que poursuivent tous les créatifs des sociétés de production – restera la clé de voute essentielle du Pouvoir des opérateurs. Dans ce jeu à coup de milliards, dans lequel commencent forcément à s’engouffrer les acteurs mondialisés et souvent défiscalisés du Net, les anciens équilibres sont malmenés, entrainant avec eux la déstabilisation de tout l’écosystème de la production audiovisuelle.

 

Parmi les axes incontournables, les acteurs historiques de la filière audiovisuelle devront non seulement consolider leurs forces, mais aussi se doter des compétences nouvelles et indispensables pour appréhender les réseaux sociaux afin de créer et de multiplier des rendez-vous d’audience. Il leur faudra aussi apprivoiser les problématiques liées à la publicité profilée, mais aussi intégrer l’intelligence artificielle, les métadonnées enfouies dans le contenu (pour nourrir à la fois le big data et pour tatouer les contenus afin de suivre les copyrights et repérer le piratage), tout en imaginant des scénarios éminemment plus complexes qui inscriront dans le récit narratif lui-même l’usage de plusieurs types d’écrans, et prévoir à la source les rythmes variés de consommation désynchronisée (notamment le binge viewing).

 Par Bernard CHAUSSEGROS – Président de l’OTA

 

 

 

EDITO – ‘ Attention ! Secousse sur le PAF ! ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO  de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

Attention ! Secousse sur le PAF

Mardi 29 Mai 2018, en toute fin d’après-midi, et ce alors que l’orage grondait à nouveau sur Paris, on a assisté incrédules à un véritable tremblement de terre dans l’Audiovisuel Français.

Le diffuseur historique du Championnat de France de Football venait de perdre tous les droits qu’il détenait pourtant sans discontinuer depuis 34 ans.

Il est vrai qu’avec le temps – et ce malgré les appels d’offres relancés tous les 4 ans comme autant de Coupes du Monde – nous nous étions habitués à ce qui semblait n’être au-final qu’un vrai/faux suspense tant l’emprise du diffuseur historique sur le Football Français était devenue incontournable.

Cette histoire d’amour et de passion, bien plus que d’argent d’ailleurs, entre le diffuseur historique et le Football avait pris racine dès le 9 novembre 1984 avec la retransmission de ce qui restera à jamais le premier match d’une longue série : c’était un Nantes-Monaco.

Après, et ce malgré la multiplication des réseaux de diffusion et des opérateurs concurrents capables eux-aussi de se positionner lors des différents appels d’offres – d’abord sur le câble et le satellite, puis sur l’Internet – le diffuseur historique avait jusqu’ici toujours su et pu mettre le juste prix pour rafler le meilleur du Championnat national. Par-delà l’acquisition des droits premium, le diffuseur historique avait aussi et surtout réussi à créer l’alchimie parfaite entre son ADN Cinéma et la passion du Sport. En multipliant les caméras et les micros sur le terrain, dans les vestiaires, mais aussi dans les façons de filmer et de scénariser les matchs qui sinon auraient été pour beaucoup bien moroses à regarder, le Foot Français est resté un spectacle télévisuel d’excellence ….. et ce à défaut de réussir à s’imposer comme un Championnat de référence sur la scène sportive Européenne.

Mais si en définitive tout cela était non pas un cataclysme historique, mais simplement le premier signe annonciateur de bouleversements à venir encore plus profonds, et pourquoi pas d’un Big One dans le Paysage Audiovisuel Français, avec par exemple à la clé le rachat d’un acteur de premier plan par un Chinois ou par un Américain ?

En effet, les chiffres sont têtus et donnent comptablement raison au diffuseur historique de ne pas avoir accepté de surpayer la LIGUE 1 CONFORAMA dont les droits ont encore bondi de 60%, et ce après déjà plusieurs décennies de hausses significatives. Des droits, ça s’amortie sur un nombre d’abonnés, et l’exercice devient d’autant plus ténu qu’on en perd chaque année toujours d’avantage, et ce essentiellement sous la pression de NETFLIX qui en recruterait désormais plus de 100.000 nouveaux tous les mois. Il est vrai qu’avec un tarif mensuel qui varie entre 8 et 14 Euros, là où l’abonnement moyen chez le diffuseur historique coûte 3 à 4 fois plus, difficile de rivaliser avec la puissante déferlante de NETFLIX.

NETFLIX poursuit ainsi sa course effrénée en se moquant bien d’avoir ou pas à son escarcelle les droits du Foot. Selon Libération, en à peine 2 ans, NETFLIX aurait déjà dépassé les 3,5 millions d’abonnés, alors qu’il aura fallu 5 ans et des milliards d’investissements aux Qataris de BEIN pour arriver au même nombre.

Alors que peut-il se passer ?

Le nouveau détenteur des droits du Foot Français, à savoir le groupe hispanique MEDIAPRO qui appartient en fait à un Fond d’investissements Chinois (un Groupe privé dénommé ORIENT HONTAI CAPITAL), a déjà fait ses calculs.

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 31 Mai, MEDIAPRO a assuré pouvoir convaincre dès la première année 3,5 millions de nos concitoyens de s’abonner à leur chaîne Foot qui sera créée pour l’occasion, et qui sera proposée à 25 € par mois !

En filigrane, on peut émettre l’hypothèse de la constitution d’une offre croisée, fusse t’elle virtuelle et de circonstance, combinant de base la TNT gratuite qui réalise plus de 80% de l’audience en France (et qui est déjà diffusée, en qualité HD, partout en France), avec en mode streaming l’accès à NETFLIX pour 8 à 14 €, et tout le Foot ou presque pour 25 € de plus. Au-final, cela resterait bien moins cher que les offres du diffuseur historique, désormais orphelines du Foot, ce qui fait peut-être dire au Président de MEDIAPRO qu’ils pourraient in fine attirer sous 3 à 4 ans jusqu’à 5 millions d’abonnés ; à savoir pile le nombre que détient le diffuseur historique aujourd’hui.

Sauf que si les chiffres s’emboitent en théorie, la réalité est parfois plus capricieuse, voire plus cruelle.

Le sport, et en particulier le Football, est certes le principal moteur d’abonnement à la télévision payante, mais c’est aussi la première cible des pirates qui proposent ce qui est devenu pour beaucoup un nom commun : à savoir des « live-streaming ».

Or une étude britannique que vient de publier le Cabinet MUSO nous apprend que parmi les gens qui accèdent illégalement à des streaming et à des contenus pirates – notamment des évènements sportifs en direct – 91% d’entre eux souscrivent par ailleurs un abonnement légitime à des services OTT comme NETFLIX ou AMAZON PRIME. Disposer d’une offre low-cost de VOD en ligne n’induit donc pas nécessairement que l’on dispose automatiquement d’un budget à allouer pour s’abonner aussi à une offre payante et premium de sport.

En France, L’Association ALPA, en collaboration avec le CNC et MEDIAMETRIE, vient de publier elle-aussi ses chiffres, mais cette fois sur la base d’un panel représentatif de 30.000 personnes. Ils estiment à déjà 1 million le nombre de Français qui auraient recours au live-streaming illégal. Parmi eux, on retrouve 75% d’hommes, pour l’essentiel férus et avides de sport, avec une surreprésentation des catégories CSP+ et des personnes d’âge mûr (35-50 ans). Pire, plus des évènements sportifs sortent des fenêtres de diffusion autrefois multiples, plus le piratage prend de l’ampleur. A titre d’exemple, on estime que lors du match de Champions League PSG / FC Barcelone retransmis en exclusivité sur BEIN, il y avait en parallèle 332.000 pirates connectés à un live-streaming, soit 21% de l’audience totale.

Pourtant, MEDIAPRO connait parfaitement bien tout cela car l’Espagne, avant même la France, a souffert de la déferlante massive du piratage en live-streaming de la LIGA. On peut donc raisonnablement émettre l’hypothèse d’un possible agenda croisé qui serait celui de la quête d’influence de la Chine dans le Football, spectacle mondial s’il en est, et dans l’Audiovisuel.

En effet, la Chine tisse lentement mais surement un réseau d’influence destiné à remodeler son image et à préparer l’après hyperpuissance Américaine. A l’instar du modèle donné à voir au monde par Hollywood et qui a durablement contribué à forger le rêve Américain – certains diront même à faire chuter l’URSS – la Chine a compris que le soft Power passait aussi par l’association de son image à des évènements fédérateurs que sont naturellement le sport de masse, et le cinéma.

Sur le sport, l’arrivée de MEDIAPRO dans le Paysage footballistique Français est un marqueur très fort de l’intérêt des Chinois à y prendre résolument pied, tout comme les Qataris l’ont déjà fait avant eux en s’appropriant la fabuleuse marque Paris du PSG, qui plus est affublée du logo de la Tour Eiffel.

Et sur le Cinéma, les Chinois ne sont déjà plus en reste.

Alors que tout le monde en Occident ne parle que de NETFLIX, Les Chinois sont d’ores et déjà convaincus de pouvoir jouer à terme les premiers rôles avec iQiyi. Cette société de VOD concurrente de NETFLIX, basée non pas à Hollywood mais à Zhongguancun, est cotée au NASDAQ. C’est surtout une émanation du géant BAIDU, le GOOGLE Chinois. Conscient de la difficulté à rivaliser avec NETFLIX sur le catalogue de droits, mais aussi du fait de la censure en Chine, iQiyi a dès le tout début mis en branle tout son savoir-faire technologique pour coupler Intelligence Artificielle et Big Data, et ce au service de la production, du profilage et de l’acquisition de contenus. Cela va plus loin que le seul cinéma. Selon son Président Tim Gong Yu, la société iQiyi se voit d’ailleurs plus comme un DISNEY que comme un NETFLIX, arguant que la production de contenus et d’univers déclinables est au cœur de sa stratégie. Alors pourquoi ne pas pousser la logique et s’essayer à la France…..

 

DISNEY pourrait en effet vouloir racheter un opérateur sur l’hexagone pour ne pas laisser NETFLIX préempter la France. Se faisant, DISNEY pourrait conforter sa position mais aussi établir en France celle de HULU, son alternative à NETFLIX, dont il contrôlera la majorité du capital après le bouclage du rachat de la 21st CENTURY FOX (voir le précédent édito de l’OTA En cliquant ICI).

 

NETFLIX pourrait également vouloir racheter un opérateur et rentrer ainsi par la très grande porte dans la grande famille du Cinéma mondial en s’offrant une lignée extraordinaire, et en satisfaisant au passage d’autant plus aisément aux quotas de production Européens (désormais fixés à 30%). L’accès à la Francophonie et à l’Afrique ne serait certainement pas absent de leurs motivations potentielles.

 

AMAZON pourrait s’immiscer dans ce débat comme ils viennent tout juste de le faire en Grande-Bretagne en raflant à la surprise général certains droits du Foot à la barbe de SKY et de la BBC.

 

A défaut d’avoir racheté NETFLIX tant qu’il en était encore temps, APPLE pourrait quant à lui souhaiter prendre enfin pied dans le Cinéma, et au passage asseoir le choix technique de son partenaire français d’être le tout premier grand opérateur de renom à avoir fait de l’APPLE TV non pas un Hobby, mais la plateforme décodeur de référence pour ses futurs abonnés.

 

MEDIAPRO pourrait évidemment capitaliser sur la situation et vouloir agir en tête de pont, pour et avec la Chine, et proposer une fusion. Il est vrai qu’après avoir dans un premier temps obtenu les droits du Calcio, puis les avoir récemment perdus sur le terrain judiciaire après une plainte de SKY qui au-final vient de gagner le nouvel appel d’offres pour le Championnat Italien, MEDIAPRO retrouve des marges de manœuvres, et l’envie pourquoi pas d’un probable focus hexagonal.


Et que dire de SKY qui pourrait ne pas vouloir s’en laisser compter et prendre enfin pied dans ce territoire Gaulois qui lui résiste toujours, la France, et après elle dans de nombreux pays Africains.

 

Naturellement, tout cela c’est sans présumer du fait que le diffuseur historique pourrait refuser toutes les offres et vouloir au contraire profiter du moment pour s’arrimer plus efficacement aux opérateurs de réseaux et aux équipementiers (TV, Smartphones, PC et écodeurs), refondant au passage autant que de besoin ses offres d’abonnements, et ce désormais d’autant plus librement que le poids du Foot ne sera plus aussi prégnant.

L’avenir nous le dira… Mais ce qui est certain, c’est que le Championnat de l’Audiovisuel payant est désormais bien mondial, et pas seulement national. Alors, dans ce jeu forcément international où Chinois et Américains rivalisent, tout autant que les extranationaux que sont les GAFA et leurs équivalents BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiami), il est plus que jamais temps de dire … Allez les Bleus ….

 

EDITO – ‘ Qui de Netflix ou de Disney est finalement le plus disruptif ? ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO  de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

QUI DE NETFLIX OU DE DISNEY EST FINALEMENT LE PLUS DISRUPTIF ?

A l’instar de GOOGLE qui est devenu au fil du temps le moyen universel de désigner une recherche sur Internet, NETFLIX s’impose dorénavant comme l’archétype de l’audiovisuel à la demande.

Il est vrai que rien ne semble plus pouvoir arrêter la déferlante NETFLIX, au point d’ailleurs de menacer désormais les leaders historiques de la Télévision Payante. En effet, le phénomène dit de « cord cutting » s’intensifie, notamment aux États-Unis où des millions d’abonnés câble ou satellite se désabonnent, se contentant désormais de l’offre TNT gratuite d’une part et de NETFLIX de l’autre. Au passage, le revenu moyen par abonné chute de 100 à quelques 10 dollars à peine, et c’est toute l’Industrie de la TV payante qui en fera les frais, en cela y compris les Studios Hollywoodiens.

Aujourd’hui, NETFLIX compte 117,6 millions d’abonnés (Janvier 2018), et avec un cours de bourse en hausse de 46% sur 2017, le Groupe Californien peut se targuer d’avoir offert à ses actionnaires l’une des toutes meilleures rentabilités du secteur.

Alors pas question pour NETFLIX de relâcher la pression sur ses concurrents dans sa quête mondiale et insatiable de fidélisation et de recrutement d’abonnés.

C’est ainsi que le 26 février 2018 – à l’occasion d’une conférence sur la Technologie, les Media et les Télécom organisée par MORGAN STANLEY – son Directeur Financier a indiqué que le groupe allait poursuivre sa politique éditoriale exclusive et audacieuse. David WELLS a effectivement annoncé que NETFLIX allait investir 8 milliards de dollars cette année, et créer pas moins de 700 nouvelles séries et émissions originales en 2018.

À peine 3 jours plus tard, une autre annonce tonitruante a été faite. C’est en effet le 1er mars 2018 que le Groupe SKY a dévoilé qu’il allait coupler NETFLIX avec son offre SKY-Q sur l’ensemble de ses plateformes européennes, soit quand même près de 23 millions d’abonnés répartis pour l’essentiel en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie.

En plaçant ainsi les offres SKY et NETFLIX côte-à-côte, mais aussi celles de HBO, SHOWTIME, FOX et DISNEY, l’expérience audiovisuelle des abonnés SKY sera à la fois enrichie, mais surtout simplifiée, et optimisée. Peut-être l’antidote au cord-cutting ?

Loin d’être anecdotique, cette annonce fracassante de SKY vient s’inscrire dans le cadre d’une lutte à mort qui s’opère actuellement Outre-Atlantique. Elle a connu son premier acte deux mois et demi auparavant avec l’annonce le 14 décembre 2017 du rachat par DISNEY de la 21st CENTURY FOX. Ce poids-lourds de la production audiovisuelle et cinématographique était jusqu’ici contrôlé par le magnat Rupert Murdoch qui conservera après-coup uniquement sa chaîne FOX NEWS.

Cette méga acquisition affole les compteurs : 52 milliards de dollars, auxquels il faut rajouter la reprise de la dette qui s’élève à 14 milliards. Elle fera de DISNEY le propriétaire de la galaxie de chaînes TV, de droits et de participations de la 21st CENTURY FOX. Déjà propriétaire depuis 2009 des Studios MARVEL, puis de ceux de PIXAR en 2006 et de LUCASFILM en 2012, DISNEY récupère ainsi un énorme catalogue très complémentaire du sien parce que notamment constitué de séries et de franchises comme les Simpson, X-Files, ou 24 heures chrono qui restent très populaires chez les ados et chez les jeunes adultes. Mais ce n’est pas tout, avec le rachat de la 21st CENTURY FOX, DISNEY met aussi la main sur des chaînes TV majeures comme FX ou National Geographic, et surtout sur les 39,1% que MURDOCH détient dans SKY, avec en filigrane l’espoir d’en contrôler bientôt la totalité. En effet, la 21st CENTURY FOX a proposé en 2016 de racheter 100% du capital de SKY.

Or, seulement un mois et demi après l’annonce du rachat de la 21st CENTURY FOX par DISNEY, les Autorités de régulation Britanniques viennent d’émettre un avis défavorable au sujet de l’OPA de SKY par la 21st CENTURY FOX. Le communiqué daté du 23 Janvier 2018 indique que ce rachat donnerait trop d’influence à la Famille MURDOCH, déjà propriétaire de media d’information majeurs comme SKY NEWS, The SUN, The TIMES et le SUNDAY TIMES.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Seulement un mois après ce quasi véto des Britanniques, à savoir cette fois précisément le 27 février 2018, COMCAST, le premier câblo-opérateur Américain, par ailleurs propriétaire du réseau de télévision NBC et du Studio UNIVERSAL PICTURES – et donc de fait un concurrent de DISNEY – a surpris tout le monde en offrant de racheter SKY au prix fort : 22 milliards de Livres, soit une offre 16% supérieure à celle offerte par la 21st CENTURY FOX.

En y regardant de plus près, il est un fait que DISNEY fait un pari audacieux sur l’avenir, quitte à remettre en cause son modèle, là où COMCAST réagit avec les réflexes du passé en tentant uniquement d’étendre son empreinte géographique sur le modèle historique de la TV payante.

Mais pour décrypter tout cela, il convient de remonter aux origines même du formidable succès de NETFLIX, dont tout le monde s’accorde à dire que le Groupe est devenu l’obsession de DISNEY et de COMCAST à cause du « cord-cutting ».

NETFLIX a démarré en 1997 avec une idée toute simple : être en quelque sorte l’AMAZON des vidéo clubs. Les Abonnés choisissaient en ligne les DVD qu’ils voulaient louer, sans besoin ni de se déplacer en boutique, ni de faire la queue, ni de risquer de ne pas y trouver leur film. Ils les recevaient le lendemain par la Poste, et devaient les renvoyer sans délai obligatoire, en mode prépayé pour pouvoir en obtenir de nouveaux.

Grâce à cela, NETFLIX s’est constitué gratuitement un stock pléthorique de contenus cinéma premium, la location de DVD ne nécessitant pas d’acheter des droits ni de devoir les négocier avec les Studios. Le succès aidant, la marque est rapidement devenue forte et la base d’abonnés très significative, ce qui a alors permis à NETFLIX d’être suffisamment crédible au moment de proposer en 2010 une version streaming et totalement dématérialisée de son offre de VOD telle qu’on la connait aujourd’hui.

Désormais fort de sa marque et de sa base clients, NETFLIX a ainsi aisément convaincu tous les Studios, en cela y compris DISNEY dès 2012, de lui permettre de diffuser leurs catalogues sur sa plateforme en ligne. De là, NETFLIX s’est imposé mondialement, avec un portefeuille de contenus très riche, et comme toujours systématiquement le souci de l’expérience utilisateur, du coût, de la simplicité, et de la satisfaction des abonnés. NETFLIX a ainsi pu multiplier très vite les accords de reprise avec des opérateurs Télécom partout dans le monde, mais aussi avec des fabricants de matériels (consoles de jeux, décodeurs, puis téléviseurs, et désormais Smartphones). En cela, NETFLIX est devenu un rouleau compresseur mondial et au lieu de permettre à des catalogues comme DISNEY de trouver de nouveaux débouchés et d’obtenir de nouveaux revenus, NETFLIX vient désormais concurrencer les distributeurs traditionnels – à savoir les cablos et opérateurs fibre et satellite qui achètent à grands frais les droits pour diffuser les chaînes DISNEY. Il fut en effet un temps où pour avoir accès à des contenus Premium et diversifiés, il nous fallait nous abonner à une offre de télévision payante. Sans concurrence réelle autre que les vidéo clubs, les opérateurs payants pouvaient alors facturer sans peine des abonnements allant de 50 à 100 dollars en moyenne, et rétribuer ainsi grassement les ayants-droits comme DISNEY. Avec NETFLIX, c’est le règne du low-cost et de la désintermédiation qui l’emporte, et avec lui la fin de la capacité de rétribuer le contenu au juste prix d’avant, et ce d’autant plus que NETFLIX devient de surcroît un concurrent direct des Studios car le Groupe produit lui-même du contenu exclusif à grands coups de milliards de dollars.

Il n’en fallait pas plus pour que DISNEY décide à l’été 2017 de ne pas renouveler son contrat avec NETFLIX alors que celui-ci prend fin en 2019. Au passage, DISNEY a indiqué préparer une offre directe et concurrente de vente en ligne de son catalogue au grand-public, espérant ainsi battre NETFLIX à son propre jeu, y compris sur le coût de l’abonnement.

Cette offre DISNEY de streaming va s’appuyer sur la technologie de HULU, le concurrent Américain de NETFLIX dont DISNEY détenait déjà 30% du capital, et dans lequel il s’apprête désormais à monter à hauteur de 60% en rachetant la 21st CENTURY FOX qui en était l’autre actionnaire de référence.

On peut dès lors discourir que DISNEY, qui a historiquement vécu de quasi rentes en vendant à grands frais ses droits TV et cinéma à des opérateurs de bouquets TV câbles et satellites, vient de franchir le Rubicon. En effet, en visant désormais frontalement NETFLIX, quitte à risquer de se couper toujours plus de la manne réalisée jusqu’ici avec les diffuseurs historiques, DISNEY va contribuer à les fragiliser encore plus en favorisant désormais lui-aussi le « cord cutting ».

C’est audacieux, puisque la vieille économie vient donc chasser sur le terrain de la nouvelle, mais avec le cheminement inverse de celui de NETFLIX. Celui qui en parle probablement le mieux, c’est encore Philippe Bailly. Le Président du Cabinet NPA Conseil a en effet récemment déclaré que « bousculé par les « pure players » d’Internet, DISNEY fait le même parcours qu’eux, mais dans le sens inverse. Après avoir mis la main sur des catalogues gigantesques de contenus, il se concentre maintenant sur leur distribution directement en ligne. Le contraire de NETFLIX, qui a d’abord construit son infrastructure de distribution avant d’investir massivement dans des productions qu’il réserve à ses seuls abonnés ».

A contre-courant de DISNEY, on trouve donc COMCAST qui offre presque 25 milliards d’Euros pour mettre la main sur les 23 millions d’abonnés satellite de SKY. Le câblo-opérateur déjà leader aux US veut donc fermement prendre pied en Europe, allant jusqu’à cerner CANAL+ et donc VIVENDI sur le modèle historique guetté par l’obsolescence de la Télévision Payante, celui-là même que NETFLIX et désormais DISNEY contribuent à totalement repenser.

2018 devrait à coup sûr nous apporter son lot de rachats, de mégafusions, et de rumeurs insistantes comme celle que l’on a longtemps prêté à APPLE de vouloir racheter NETFLIX. En attendant, les offres payantes de streaming sur Internet rencontrent un succès grandissant. Selon une étude récente de STRATEGY ANALYTICS, 250 millions de foyers dans le monde souscrivent déjà à un abonnement OTT. La barre des 300 millions sera sans nul doute atteinte en 2018, et l’on parle désormais de 450 millions à l’horizon 2022.

 

EDITO – ‘ Publicité et audiovisuel : la leçon YouTube ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO (directeur marketing) de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

Publicité et audiovisuel : la leçon YouTube.

Si l’on devait ne retenir qu’un seul marqueur de la nouvelle révolution de l’Audiovisuel sur Internet, ce serait sans aucun conteste YouTube.

Le site – qui fête ses 13 ans ce mois-ci – a été racheté par Google seulement 18 mois après sa création. Depuis, à la faveur de la démocratisation de l’Internet haut-débit illimité – mais aussi de la couverture 3G/4G et de la TV connectée – l’audience désormais planétaire a littéralement explosé.

L’an dernier, YouTube annonçait fièrement avoir passé le cap du milliard d’heures de vidéo visionnées quotidiennement (soit quand même 114.000 ans équivalent programmes tous les jours). Mieux, le site attire désormais mensuellement 1,5 milliard de téléspectateurs.

Rien qu’en France, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 37,5 millions de Français vont sur YouTube chaque mois – soit 81% des internautes – et 8 Français sur 10 âgés de 16 à 24 ans y vont même au moins une fois par jour.

Le modèle économique de YouTube est limpide. La gratuité apparente se paye au prix de nos données personnelles, partant du principe largement répandu sur Internet selon lequel quand c’est gratuit, c’est que l’on n’est pas le client, mais bel et bien le fournisseur.

La publicité hyper profilée, sur une audience ciblée à grands renforts d’algorithmes complexes, est le credo de YouTube pour capter des budgets publicitaires considérables au détriment des acteurs traditionnels de l’audiovisuel. S’agissant de l’accumulation gratuite et massive de contenus à forte audience, YouTube couronne d’illustres inconnus qui deviennent pour certains soudainement des stars qui engrangent alors des commissions substantielles sur les publicités générées.

Même si chacun d’entre nous peut poster des vidéos sur YouTube et espérer devenir un Hit mondial, dans la réalité les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2016, 1% des créateurs réalisaient 94% de l’audience cumulée, ce qui veut dire que 99% des contributeurs atteignent tous ensembles seulement 6% de part de marché. Ce resserrement s’opère aussi parmi ceux des contributeurs qui réalisent plus de 10 millions de vues, les quelques 25% qui dépassent les 50 millions captant à eux-seuls 70% de ce trafic premium et rémunérateur.

En tout état de cause, les contributeurs stars sont au centre de toutes les attentions de la régie publicitaire de YouTube. Un nouveau service appelé « Google Preferred » a d’ailleurs été lancé pour eux il y a 4 ans afin d’offrir aux grands annonceurs et aux marques mondiales la possibilité de concentrer leur exposition publicitaire sur les seuls contenus leaders qui sont dans le top 5% des chaînes YouTube les plus visualisées.

Mais l’audiovisuel n’est décidément pas un media comme un autre, encore moins sur Internet ou le simple re-Tweet d’une vidéo polémique peut exacerber son impact dévastateur. Et force est de constater que 2017 aura connu son lot de scandales sur YouTube, certains annonceurs découvrant avec stupeur que leurs publicités pouvaient se retrouver associées à des vidéos à caractère sexuel, voir pédophile, haineux, raciste ou ultra violent. Et cet écueil touche aussi la crème de la crème, en l’occurrence ceux estampillés « Google Preferred ». La goutte d’eau qui aura très certainement fait déborder le vase est la séquence du vidéaste américain Paul Logan. Cette star de YouTube a posté le 31 décembre 2017 une vidéo dans laquelle il se filme façon selfie auprès du cadavre d’un malheureux pendu qui venait de se suicider dans une forêt Japonaise.

Paul Logan s’est vu retiré immédiatement le label commercial « Google Preferred » qui monétise les 5% des chaînes les plus vues sur YouTube. Mais le scandale fut tel que Google est allé bien au-delà en dévoilant courant Janvier 2018 de nouvelles dispositions destinées à rassurer les annonceurs.

En effet, ce mois-ci aux États-Unis, puis en Mars dans le reste du Monde, il a été annoncé 2 choses, à savoir d’une part un nouveau système de modération qui visera à ce que des opérateurs humains plutôt que des robots visionnent les contenus des chaînes les plus populaires, et d’autre part, la mise en place de conditions plus restrictives pour que les vidéastes amateurs puissent prétendre toucher des revenus publicitaires.

Ceux-ci devront notamment désormais atteindre le seuil fatidique des 4.000 heures de vidéo vues au cours des 12 derniers mois, et totaliser de surcroît au moins 1.000 abonnés. YouTube ne cache pas que cela va affecter un grand nombre de ses contributeurs, tout en relevant tout de même que 99% des personnes qui se verront impactées ont de toute façon gagné moins de 100 dollars au cours des 12 derniers mois, et que 90% d’entre eux, ont touché moins de 2,50 dollars en décembre 2017.

Là où l’on peut raisonnablement s’interroger, c’est sur l’armée de modérateurs qu’il faudrait pour visualiser les 400 heures de programmes postés chaque minute sur YouTube…

Et comme si les polémiques de nature éditoriale n’y suffisaient pas, YouTube fait désormais l’objet depuis la fin janvier 2018 d’une nouvelle controverse que Google a d’ailleurs reconnue et admise. Profitant du fait que l’audience sur YouTube est massive, des pirates se sont payés des campagnes publicitaires masquant de dangereux virus qui leur servent à miner des Bitcoins.

Le principe est redoutable d’efficacité et de cynisme. Leurs publicités – respectables au demeurant puisque diffusées sur YouTube, et pour certaines évoquant même des antivirus – intègrent un programme appelé « Coinhive ». Celui-ci prend alors la main sur l’ordinateur du téléspectateur pendant toute la durée de visualisation d’une vidéo. Il l’utilise à son insu pour lancer un logiciel de minage de crypto-monnaies. Ce processus mobilise alors toute la puissance du processeur, au point que l’ordinateur s’emballe et que souvent le ventilateur se déclenche.

Selon des chercheurs de Trend Micro, les principaux pays touchés par ces attaques dites de « cryptojacking » seraient la France, l’Espagne, l’Italie, Taïwan et le Japon. Google a naturellement très vite réagi, confirmant être très attentif à la situation, et avoir désactivé les publicités incriminées en 2 heures.

Malgré tout cela, les chaînes gratuites historiques, notamment celles de la TNT gratuite en France, continuent à devoir faire face à la concurrence féroce des GAFA pour capter des budgets publicitaires pas forcément extensibles.

Les avantages inhérents au Broadcast restent certes majeurs, notamment sur le live, typiquement le Sport, mais ils pourraient s’estomper sous peu. En effet, selon toutes les projections, le délai de décalage, qui peut parfois frôler la minute entre la TNT et l’Internet, va finir par être totalement gommé.

C’est bien pour cela que les opérateurs Broadcast réagissent et s’attachent à enfin normaliser la Publicité Ciblée, évitant ainsi l’éparpillement stérile qui prévalait jusqu’ici autour de solutions contraignantes et façonnées au cas par cas. Le consortium Européen DVB (Digital Video Broadcast) vient d’ailleurs d’annoncer en Janvier 2018 avoir entériné le démarrage du Standard « Targeted Advertising » qui a vocation à se généraliser sur toute la Télévision Numérique. Ce Standard, dont les spécifications commerciales sont attendues d’ici le mois de Juin, verra ses spécifications techniques définies en lien étroit avec le Consortium HbbTV. Ce dernier est devenu le Standard mondial de facto de la Télévision Connectée. Au final, les premiers déploiements commerciaux de « Targeted Advertising » sont attendus pour 2020.

Cet enjeu est décidément crucial et majeur car il ne fait aucun doute que l’audiovisuel sur Internet offre déjà un profilage extrême aux annonceurs du monde entier.

D’ailleurs, des agrégateurs de contenus premium, comme Amazon, pourraient bien rafler la mise mondiale en offrant un triptyque complet et imparable aux marques, à savoir l’audience TV massive (via Amazon TV), la Publicité profilée (Via Amazon AWS et ses moteurs d’intelligence artificielle), puis d’un clic ou d’un mot la vente et la livraison de produits et de services (Via Amazon Prime).