EDITO- « DEEP FAKE » – UNE ARME TERRIFIANTE DE MANIPULATION MASSIVE

Même si nous avons inventé le terme Français d’INFOX qui est à la fois simple et particulièrement bien adapté, c’est malheureusement encore et toujours celui de « FAKE NEWS » dont on continue à nous parler le plus souvent.

C’est très dommage car l’emploi à outrance d’anglicismes contribue souvent à mettre en place une certaine distance avec la réalité, et par voie de conséquence, à baisser le niveau de connaissance et donc de vigilance générale de la population face aux dangers encourus.

Et s’agissant du danger de la désinformation de masse, l’émergence très récente des « DEEP FAKE » préfigure assurément un bouleversement aussi profond que l’aura été celui des réseaux sociaux au cours de la dernière décennie.

Selon la définition la plus simple, les « DEEP FAKE » sont des vidéos ou des enregistrements audio fallacieux qui sont produits de toute pièce ou truqués grâce à l’Intelligence Artificielle.

L’Intelligence Artificielle se nourrissant essentiellement de la masse de données collectées pour affiner encore et toujours la pertinence et l’efficacité de ses algorithmes, il est donc normal que les toutes premières victimes des DEEP FAKES aient été des personnalités dont les algorithmes pouvaient disposer par avance afin de s’étalonner d’une multitude de photos, de vidéos et d’enregistrements.

Rien d’étonnant donc au fait que les tous premiers DEEP FAKE qui ont été repérés dès 2017 sur la plateforme REDDIT aient mis en scène de célèbres actrices Hollywoodiennes dans des films pornographiques. Car le DEEP FAKE est rarement jugé pour sa performance artistique, ou sur sa pertinence tout court, mais plutôt sur son pouvoir de nuisance et sa capacité à nourrir le scandale et le complotisme, tout autant que le penchant des masses à s’en repaitre que pour autant que cela concerne les autres, voire mieux, une élite.

Eric Schmidt, qui fut pendant 10 ans le patron de Google (donc de YouTube aussi), a quelquepart prédit tout cela lorsqu’il a très tôt déclaré qu’Internet était la première chose que l’homme avait créée sans la comprendre, et que c’était la plus grande expérience en matière d’anarchie jamais réalisée.

Dans ce chaos où les fausses informations se créent en masse et circulent partout avec fracas et sans aucun garde-fou, ce sont pourtant les algorithmes très élaborés des réseaux sociaux majeurs – comme ceux de YouTube, Facebook ou encore de Twitter pour ne citer qu’eux – qui sont à la manœuvre pour vous faire rester le plus longtemps possible sur leurs plateformes respectives, quitte pour cela à mettre en œuvre un processus ultra addictif destiné à vous y faire perdre un maximum temps. C’est en cela le même modèle addictif que celui adopté depuis toujours par les chaînes de fastfood qui tentent elles de vous faire oublier tout bon sens élémentaire en matière de nutrition, ou celui des casinos où l’idée est de vous faire perdre tout repère de la valeur de l’argent en le présentant sous forme de jetons colorés.

Rien d’étonnant donc là non plus à ce qu’un ancien ingénieur Français de YouTube, qui se présente aujourd’hui comme un repenti, ait récemment déclaré dans une interview qu’il avait lui-même contribué à créer des cercles d’enfermement algorithmique destinés à offrir à chacun les contenus qu’il désire voir et inciter en retour les Youtubeurs à la surenchère. Il cite en exemple avoir calculé que l’algorithme de YouTube recommandait la théorie de la Terre plate environ dix fois plus que les vidéos qui expliquent comment on sait que la Terre est ronde.

Cet ingénieur plein de remords dénonce désormais ces « cercle vicieux qui amplifient toutes les formes de haines », mais qui sont justement très efficaces en termes de nombre de vues, au point d’ailleurs que les créateurs haineux sont souvent mis en avant sur la page d’accueil de YouTube parce qu’ils sont justement hyper efficaces pour nous faire regarder de la publicité.

Toujours est-il que pour revenir aux DEEP FAKE, ils sont de plus en plus réalistes et difficiles à détecter autrement que par le recours à l’Intelligence Artificielle elle-même. Le phénomène touche désormais aussi la sphère politique et économique et menace déjà les prochaines élections Américaines de 2020. Les prémisses en sont là puisque dès l’an passé nous avons tous vu circuler des vidéos truquées montrant Barak Obama qui insultait vertement Donald Trump, ou encore l’opposante Démocrate Nancy Pelosi qui paraissait complètement ivre durant un discours.

Les autorités Américaines s’en inquiètent très sérieusement au point d’ailleurs que depuis cet été elles commencent à remettre en cause la sacro-sainte protection en forme d’immunité dont jouissent les plateformes Internet en matière d’irresponsabilité sur les contenus qu’elles hébergent.

En contre-attaque, Susan Wojcicki qui est la Présidente de YouTube, a déclaré fin août 2019 qu’il était plus important que jamais d’accepter tous les contenus sensibles parce que « YouTube est bâti sur le principe de l’ouverture », et ce même si « cela revient parfois à laisser en ligne du contenu qui n’est pas mainstream, qui est controversé voire offensant ». Elle a par contre jugé utile de souligner que : « les contenus problématiques représentent 1 % du contenu de YouTube, et nous travaillons chaque jour à réduire encore ce nombre » …. « une raison pour laquelle nous mettons à jour régulièrement nos conditions d’utilisation ».

Oui, vous avez bien lu…. Et pour le coup, ce n’est malheureusement pas une « infox »…

Plus grave encore, le phénomène des DEEP FAKE sort désormais peu à peu de l’ombre et de son côté uniquement obscur en tentant au passage de se débarrasser de tous ses aspects sordides pour mieux capter l’intérêt et la crédulité des populations, d’abord les plus jeunes qui seront le cœur de cible des prochaines années…. Quand la technologie DEEP FAKE sera fin prête, et quasiment indétectable.

Par exemple, la toute nouvelle application Chinoise ZAO fait déjà un énorme carton depuis cet été en Chine, devançant au passage toutes les autres au hit-parade des téléchargements, même le phénomène mondial Tik Tok lui aussi né en Chine. Avec ZAO, il suffit de prendre quelques selfies, et hop, l’application vous permet en un clic d’insérer et d’animer votre visage en lieu et place de celui d’un personnage célèbre dans un extrait de film, une séquence sportive, un clip vidéo, …., le tout en quelques secondes à peine, et avec un réalisme absolument stupéfiant.

Peu avant ZAO, l’application Russe FACE-APP avait déjà très largement fait le buzz jusqu’en France en vous permettant de transformer votre photo ou celle de quiconque en la vieillissant. Des centaines de milliers de photos ont ainsi été collectées et pourraient parfaitement demain servir à parfaire la pertinence des algorithmes d’Intelligence Artificielle qui pourraient alors étendre les capacités de faire des DEEP FAKES au-delà des seules célébrités ou élites.

Des logiciels récents permettent déjà d’imiter n’importe quelle voix en y insérant pour cela uniquement quelques minutes d’enregistrements. Futile me direz-vous ? Et bien non car début septembre 2019, a eu lieu la toute première « arnaque au président » au moyen d’un DEEP FAKE audio. Une entreprise Autrichienne a été appelée et le responsable du service financier a cru s’entretenir au téléphone avec son patron dont l’algorithme avait reproduit fidèlement à la fois la voix, mais aussi les intonations et les tics de langage en Allemand. En confiance, le service financier a alors exécuté le virement urgent que la voix truquée demandait de faire, et ce sont des centaines de milliers d’Euros qui se sont évaporés dans la poche des cybercriminels.

Alors que ferez-vous demain quand ce sera un de vos très proches qui paraitra vous appeler en panique pour vous demander une aide d’urgence avec conviction, ou que vous verrez une vidéo montrant une personnalité politique, et non pas son hologramme, venir confirmer une rumeur qui jusqu’ici avait déjà fait son œuvre pernicieuse en se répandant sur les réseaux sociaux ? Aurez-vous l’esprit critique et la distanciation nécessaires en toutes circonstances ?

Ce sera pourtant primordial car si malgré les nombreuses images qui existent du premier alunissage ou de la destruction des tours du Wall Trade Center, certains complotistes continuent encore de s’échiner à vouloir y décrypter une tout autre vérité, alors prenons en considération qu’ils n’auront bientôt plus rien à faire que de presser un bouton pour que la vidéo ou l’enregistrement sonore truqués fassent le job tous seuls. Et c’est bien là que réside le danger de la manipulation massive des populations avec des conséquences majeures que l’on peine probablement à mesurer réellement.

Prenons un exemple en France qui a nourri l’actualité. Le Journal du Dimanche a révélé tout au long de l’été en quoi l’affaire dite Libyenne était très probablement partie d’un « vrai faux » document officiel sur lequel était évoqué un virement de 50 millions des Libyens pour financer la campagne électorale du candidat Nicolas Sarkozy.

Sa divulgation par Mediapart pendant l’entre-deux tours de la présidentielle de 2012, dont nombreux sont ceux qui estiment qu’elle a peut-être couté sa réélection au candidat Sarkozy, pourrait donc être une DEEP FAKE papier qui aurait été fournie à la presse par celui-là même qui l’aurait créé…

La question que l’on peut se poser c’est ce qui se passera dans les prochaines années quand un état, un cybercriminel ou un opposant ne vont pas se contenter de falsifier un vrai faux document et le fournir aux media, mais au contraire leur procurer une vidéo compromettante ultra réaliste. Imaginons rétrospectivement les ravages qu’auraient eu une vidéo DEEP FAKE montrant en mode caméra cachée le Colonel Kadhafi pactiser avec Nicolas Sarkozy sous une tente, et lui remettre au passage des valises entières de billets.

Nul doute alors que les opposants s’en seraient emparés avec rage et force, et avec eux la presse et la Justice, et que tous les autres, même parmi eux les militants sincères, auraient à minima douté.

Voilà pourtant l’ère que nous préparent les DEEP FAKE, et les relais médiatiques pour les diffuser ne manqueront pas au-delà même des réseaux sociaux. A ce titre, des chaînes de télévision comme Fox News ou RT Russia ont déjà démontré leur propension à relayer trop précipitamment quelques « infox », comme par exemple les « no go zone » en plein Paris.

Et comme le disait en 2016 l’éminent journaliste Pierre Péan qui nous a récemment quitté à la question de savoir s’il avait l’impression que nous étions mieux informés qu’auparavant : « avec le culte de l’immédiateté et les chaines d’information continue, on a l’impression d’en savoir plus, d’être informés en permanence sur tout ce qui se passe. Mais dans cette masse effrayante d’informations, la manipulation est plus facile, et finalement le citoyen est, me semble-t-il, moins bien informé qu’il y a 25 ans. »

Mais il faut savoir qu’il n’y aura même pas besoin de media complaisants ou peu regardants pour que les DEEP FAKES créent des ravages inimaginables.

Demain, votre poste de télévision ou votre décodeur TV, qu’il soit d’ailleurs connecté ou pas à Internet, pourra lui aussi être truqué et vous proposer une séquence vidéo DEEP FAKE incrustée en lieu et place du programme officiel que vous regardez. Imaginez-vous en train de visionner votre JT préféré, et dans un plan séquence inséré depuis un petit drone qui survole votre quartier et qui propose un signal plus puissant que celui de l’émetteur terrestre (c’est d’ores et déjà possible car l’expérimentation a déjà eu lieu), votre présentateur vous expose un scandale, preuve vidéo à la clé. Là c’est certain, stupéfait, vous ne pourrez probablement qu’y croire…… au moins un temps, parfois assez pour avoir relayé l’info d’un tweet et lui avoir alors donné la crédibilité nécessaire auprès de vos proches, et ainsi de suite, pour que le cancer de la rumeur se répande alors de façon fulgurante.

Faut-il se rappeler que les massacres génocidaires commis au Rwanda sont notamment partis de fausses rumeurs relayées par les radios pour comprendre l’impact que de telles agissements pourraient avoir dans des pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie où les plaies du passé ne sont pas encore totalement refermées, voire même parfois encore très vives ?

Alors que faut-il faire ?

En collaboration avec IBM, les équipes de R&D du New York Times travaillent déjà sur un démonstrateur visant à utiliser à terme la blockchain pour lutter contre l’utilisation et la propagation des Fake news.

De leur côté, les autorités Françaises ne sont pas en reste et se sont d’ores et déjà penchées sur la question. En août 2018, le CAPS (Centre d’analyse, de prévision et de stratégie) qui dépend du Ministère des Affaires étrangères, et l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’École militaire) du Ministère de la Défense, ont rédigé un Rapport commun intitulé : Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties.

En plus de la responsabilisation des plateformes, il y est question d’éducation des plus jeunes dès l’école. Nous apprenons bien en cours de Français à décrypter les grands auteurs, alors effectivement pourquoi pas éduquer nos plus jeunes à l’image et aux média audiovisuels, ainsi qu’à la pensée critique et à l’argumentation rationnelle. Le rapport indique très justement qu’il s’agit d’ailleurs là d’une « mesure d’hygiène publique, comme il a fallu, au XIXe siècle apprendre à se laver les mains ».

Les auteurs poursuivent leurs recommandations en relevant qu’une partie de l’éducation devrait consister à faire prendre conscience de ce qu’il est déjà possible de faire (trolls, bots, deep fake, …), mais aussi, à apprendre, dans les écoles, à non seulement déconstruire mais aussi construire de fausses informations et des théories conspirationnistes.

Nous avons commencé cet édito en parlant de sémantique autour des termes d’Infox et de Fake News. Les services secrets Russes ont depuis très longtemps une expression pour désigner les vidéos qui permettent de manipuler l’opinion ou un individu : ce sont les « Kompromat ».

Les DEEP FAKE seraient donc finalement l’évolution directe et logique des Kompromat, mais cette fois-ci avec l’appui déshumanisé de l’intelligence artificielle qui en décuplera le nombre et la crédibilité, sans oublier l’incroyable caisse de résonance que procure l’anarchie numérique, à savoir l’échange et le partage immédiat, anonyme et désintermédié de n’importe quelle « information ».

Laurent Jabiol et Bernard Chaussegros

 

News- Recruter autrement dans la filière de la communication au Jobdating COM&moi #2 le 24 octobre à Courbevoie

L’OTA soutient son partenaire: L’Observatoire Com média:

Le jobdating COM&moi

Le jobdating COM&moi #2 se déroulera le 24 octobre prochain à Courbevoie. Il reconduit une formule de jobdating des métiers de la communication, novateur et inédit, considérée comme une réussite à la fois par les entreprises que les candidats.

Une première édition qui a répondu aux attentes des entreprises et des candidats

Initié par Attractive Emploi, l’Observatoire COM MEDIA, et Pôle Emploi Courbevoie, ce format d’un nouveau genre initiait une nouvelle vision du recrutement afin de soutenir le retour à l’emploi de talents et permettre aux entreprises de la filière communication de recruter les compétences indispensables à leur compétitivité et leur croissance à travers ce dispositif innovant.

Une dizaine d’entreprises issues de la filière communication avaient rencontré le 18 octobre 2018 plus de 75 candidats aux profils préalablement pré-sélectionnés, appuyant ainsi la démarche qualitative prôné par les organisateurs.

Facilitateur d’échanges professionnels avec de belles opportunités d’emploi à la clé, le jobdating COM&moi voulait redonner du sens à la recherche d’emploi en se focalisant sur le rapprochement humain.

Comme le souligne Dominique Scalia, Président de l’Observatoire COM MEDIA « Nous essayons de dépasser les règles traditionnelles du recrutement en suivant notre philosophie de “recruter autrement”, quand les chefs d’entreprises viennent au Job Dating, ils viennent pour y chercher des talents »

Les entreprises et les candidats ont donc pu profiter mutuellement de rencontres de qualité, centrées sur la connexion entre les compétences des candidats et les besoins des entreprises.

Une vingtaine d’offres d’emploi requérant des profils très variés de la filière communication étaient à pourvoir. Au total, plus d’une dizaine de contrats ont été proposés aux candidats.

 

Pour plus d’informations sur cet évènement, nous vous invitons à cliquer sur ce lien: http://obs-commedia.com/actu/jobdating-com-et-moi-2-courbevoie/

Vous pourrez ainsi vous inscrire si vous souhaitez participer.

 

 

News- Anthony Joubert en spectacle

Venez découvrir Anthony Joubert à l’Apollo Théâtre dès le 18 septembre