News- Piratage des contenus : une plaie pour les diffuseurs

LE CERCLE – Pour Bernard Chaussegros, président de l’OTA, la violation de la propriété intellectuelle affaiblit tout l’écosystème audiovisuel mondial. Le piratage de masse du bouquet TV BeIn dont se dit victime le Qatar n’en est qu’un triste exemple.

Depuis quelques années déjà, les tensions sont réelles entre le Qatar et l’Arabie Saoudite. Elles s’expriment au travers de luttes d’influence et de divergences de positions sur plusieurs sujets, à l’origine de conflits dans la péninsule arabique.  Ainsi s’opposent deux stratégies : celle du Qatar qui veut exister par l’influence et celle de l’Arabie saoudite qui veut imposer sa puissance.

Dans cette lutte, la maîtrise des « médias » est un objectif partagé. C’est donc notamment autour d’un marché audiovisuel fortement compétitif et mouvant, avec des flux financiers importants et des impacts politiques certains (en termes de prestige et d’expression de la souveraineté régionale) que s’affrontent ces deux pays.

BeIn contre beoutQ

L’Arabie saoudite est consciente de la puissance quasi hégémonique du Qatar au niveau médiatique. Le groupe qatari BeIn Media Group se trouve en effet dans une position quasi monopolistique sur le Moyen-Orient et l’Afrique pour certains contenus (les championnats de football français et anglais, notamment), au travers d’une politique de rachat massif des droits sportifs majeurs sur l’ensemble de la planète.

 En réaction, le bouquet de chaînes beoutQ a été lancé en 2017, avec l’intention très claire de maîtriser la distribution des contenus sportifs à destination du territoire saoudien. Pour pouvoir visionner ce « bouquet pirate », la population saoudienne a eu accès à des terminaux équipés d’une fonction de gestion territoriale utilisant l’adresse IP qui permettent la réception directe des programmes.

C’est le début en Arabie saoudite de l’offensive « médiatique » organisée et le déploiement d’un piratage à grande échelle avec pour conséquence un affaiblissement de l’ensemble de l’écosystème audiovisuel et plus particulièrement la rémunération des ayant droits. En effet, loin de se limiter à l’Arabie saoudite, la « piraterie » se propage via la diffusion par satellite et internet (OTT) et la mise en place d’un réseau de vente de décodeurs, avec des conséquences dramatiques pour les acteurs de la télévision par abonnement comme Canal Plus avec une perte annoncée de plus de 500.000 abonnés.

Plates-formes pirates

Désormais, les « pirates » se positionnent comme une plate-forme de divertissement incluant films, séries, sport et autres services. La riposte a été rapide et de nombreux détenteurs de droits se sont mobilisés pour aider BeIn dans son action contre le gouvernement saoudien, qu’ils suspectent d’être à l’origine de l’organisation de ce « piratage » d’Etat. En Angleterre par exemple, les élus se sont saisis du sujet car l’impact sur les droits de la Première League est énorme.

Mais comment ne pas s’interroger sur « l’efficience » des sociétés chargées de prévenir ce type problème ? En effet, force est de constater que les principaux acteurs mondiaux censés protéger les plates-formes audiovisuelles, tels que Nagra, Irdeto, NDS et autres spécialistes de la sécurité n’ont pas de réponses technologiques satisfaisantes à apporter au problème posé par ce « piratage organisé ».

Les problématiques liées à la lutte contre le piratage des contenus vont aller en se complexifiant, avec la « mondialisation » des hackers et une barrière d’entrée chaque jour plus accessible. Ceux qui mettront à jour les clés et certificats de sécurité, auront accès aux « coffres des banques », c’est-à-dire au signal original totalement décrypté. Aujourd’hui, la majorité des terminaux de télévision payante sont équipés de microprocesseurs déployés par la société « Broadcom ».

Celle-ci pourra-t-elle offrir toutes les garanties en matière de sécurité alors que les techniques toujours plus innovantes de « hacking » se multiplient, de sorte à ce que la réponse au piratage de masse ne soit pas uniquement juridique mais avant tout, technologique ?

Des fournisseurs chinois de décodeurs sont prêts à payer des dizaines de millions d’euros à celle, celui ou ceux qui seront capables de réaliser cette prouesse. Ce n’est qu’une question de temps. Le risque pour l’écosystème audiovisuel mondial est réel et d’une ampleur bien supérieure à ce qui se passe aujourd’hui. Le début d’un « tsunami » planétaire.

Par Bernard Chaussegros

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