EDITO – Les Mutations Profondes de la Filière Audiovisuelle

 

 Le secteur jadis encore florissant de la Production Audiovisuelle Française et Européenne fait aujourd’hui face à un changement de cycle aussi profond qu’irréversible.

 

L’ère des plateformes Internet rebat toutes les cartes, et ce d’autant plus fortement que les géants mondiaux et globalisés que sont Netflix, Amazon, YouTube, Apple ou encore Facebook, prennent résolument et durablement pied dans un paysage audiovisuel désormais élargi à une multitude d’écrans et de situations.

 

Aujourd’hui, les téléspectateurs – tout autant d’ailleurs que les annonceurs – ont plus que jamais le désir de contrôler l’écran, le lieu, le moment et même le rythme auquel ils veulent pouvoir accéder et consommer un contenu. A l’autre bout du spectre, des individus inconnus ou déjà stars, peuvent pourtant prétendre, armés pour cela d’un simple smartphone, à capter une audience incroyable en postant leurs créations originales puis leurs micro chaînes sur lesdites plateformes qui Uberisent inexorablement l’audiovisuel, plus encore que la bande FM aura transformé la radio.

 

Finalement, l’expérience des téléspectateurs va devoir se propager « sans couture » entre tous les écrans et dans tous les contextes, ce qui qui va en retour engendrer de profonds changements.

 

Personne n’ignore plus en effet que les modes de consommation audiovisuels sont désormais totalement différents. On peut regarder des programmes TV et VOD sur n’importe quel type d’écran, n’importe où, et à n’importe quel moment. Cela s’insère dans une expérience numérique de plus en plus poussée où se mêlent réseaux sociaux, contenus personnels et formats d’écrans dynamiques, sans parler des expériences ultra-immersives que nous promettent à terme la réalité augmentée et virtuelle.

 

Pour les producteurs audiovisuels, cela supposera naturellement, et ce dès la création d’un contenu, de prévoir sa capacité à être consommé sur plusieurs tailles d’écrans, en plusieurs séquences, et avec des droits extensibles à plusieurs types de distributeurs. Il leur faudra aussi se doter des moyens techniques de suivre lesdits contenus sur plusieurs temps, écrans et plusieurs réseaux de diffusion, de sorte à permettre entre autre aux annonceurs d’optimiser leurs messages.

 

S’agissant spécifiquement des réseaux sociaux, ils devront être intrinsèquement intégrés au fil conducteur des contenus, et ce afin de permettre aux téléspectateurs de retrouver l’émotion collective qui autrefois se vivait en famille autour d’un même écran et d’une même programmation linéaire. La capacité des téléspectateurs à se regrouper dynamiquement sur les réseaux sociaux comme ils le font déjà au travers des jeux en ligne, les amèneront de surcroît à vouloir obtenir non seulement une vision à 360° de l’évènement (de la même manière que l’on se promène dans l’univers d’un jeu vidéo), mais aussi la capacité à influer, en groupe ou individuellement, sur le fil conducteur narratif et l’issue même d’une histoire.

 

L’autre élément clé sur lequel les producteurs audiovisuels auront à se pencher très sérieusement sera la capacité pour les téléspectateurs à retrouver ou à trouver très facilement un contenu ou alors une séquence en particulier, et ce avec une technologie qui tiendra plus de l’intelligence artificielle et des moteurs de recommandation associés que de la grille de programmes telle que nous la connaissons aujourd’hui. Cela ira même plus loin : l’incursion des GAFA dans l’univers télévisuel, notamment la percée d’Amazon, démontre s’il en était besoin que le contenu audiovisuel va impacter directement la consommation (eCommerce impulsif d’un clic), et pas seulement via la publicité. Dans le futur, gageons que l’intelligence artificielle couplée à des chatbot permettra aussi de donner aux téléspectateurs le sentiment de converser avec leurs idoles, poussant au paroxysme les capacités des annonceurs à être relayés par des influenceurs.

 

Bien entendu, le Sport qui reste le seul contenu qui permette de déclencher sur commande du sensationnalisme et de l’émotion collective – à savoir le Graal que poursuivent tous les créatifs des sociétés de production – restera la clé de voute essentielle du Pouvoir des opérateurs. Dans ce jeu à coup de milliards, dans lequel commencent forcément à s’engouffrer les acteurs mondialisés et souvent défiscalisés du Net, les anciens équilibres sont malmenés, entrainant avec eux la déstabilisation de tout l’écosystème de la production audiovisuelle.

 

Parmi les axes incontournables, les acteurs historiques de la filière audiovisuelle devront non seulement consolider leurs forces, mais aussi se doter des compétences nouvelles et indispensables pour appréhender les réseaux sociaux afin de créer et de multiplier des rendez-vous d’audience. Il leur faudra aussi apprivoiser les problématiques liées à la publicité profilée, mais aussi intégrer l’intelligence artificielle, les métadonnées enfouies dans le contenu (pour nourrir à la fois le big data et pour tatouer les contenus afin de suivre les copyrights et repérer le piratage), tout en imaginant des scénarios éminemment plus complexes qui inscriront dans le récit narratif lui-même l’usage de plusieurs types d’écrans, et prévoir à la source les rythmes variés de consommation désynchronisée (notamment le binge viewing).

 Par Bernard CHAUSSEGROS – Président de l’OTA

 

 

 

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