EDITO – ‘ Publicité et audiovisuel : la leçon YouTube ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO (directeur marketing) de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

Publicité et audiovisuel : la leçon YouTube.

Si l’on devait ne retenir qu’un seul marqueur de la nouvelle révolution de l’Audiovisuel sur Internet, ce serait sans aucun conteste YouTube.

Le site – qui fête ses 13 ans ce mois-ci – a été racheté par Google seulement 18 mois après sa création. Depuis, à la faveur de la démocratisation de l’Internet haut-débit illimité – mais aussi de la couverture 3G/4G et de la TV connectée – l’audience désormais planétaire a littéralement explosé.

L’an dernier, YouTube annonçait fièrement avoir passé le cap du milliard d’heures de vidéo visionnées quotidiennement (soit quand même 114.000 ans équivalent programmes tous les jours). Mieux, le site attire désormais mensuellement 1,5 milliard de téléspectateurs.

Rien qu’en France, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 37,5 millions de Français vont sur YouTube chaque mois – soit 81% des internautes – et 8 Français sur 10 âgés de 16 à 24 ans y vont même au moins une fois par jour.

Le modèle économique de YouTube est limpide. La gratuité apparente se paye au prix de nos données personnelles, partant du principe largement répandu sur Internet selon lequel quand c’est gratuit, c’est que l’on n’est pas le client, mais bel et bien le fournisseur.

La publicité hyper profilée, sur une audience ciblée à grands renforts d’algorithmes complexes, est le credo de YouTube pour capter des budgets publicitaires considérables au détriment des acteurs traditionnels de l’audiovisuel. S’agissant de l’accumulation gratuite et massive de contenus à forte audience, YouTube couronne d’illustres inconnus qui deviennent pour certains soudainement des stars qui engrangent alors des commissions substantielles sur les publicités générées.

Même si chacun d’entre nous peut poster des vidéos sur YouTube et espérer devenir un Hit mondial, dans la réalité les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2016, 1% des créateurs réalisaient 94% de l’audience cumulée, ce qui veut dire que 99% des contributeurs atteignent tous ensembles seulement 6% de part de marché. Ce resserrement s’opère aussi parmi ceux des contributeurs qui réalisent plus de 10 millions de vues, les quelques 25% qui dépassent les 50 millions captant à eux-seuls 70% de ce trafic premium et rémunérateur.

En tout état de cause, les contributeurs stars sont au centre de toutes les attentions de la régie publicitaire de YouTube. Un nouveau service appelé « Google Preferred » a d’ailleurs été lancé pour eux il y a 4 ans afin d’offrir aux grands annonceurs et aux marques mondiales la possibilité de concentrer leur exposition publicitaire sur les seuls contenus leaders qui sont dans le top 5% des chaînes YouTube les plus visualisées.

Mais l’audiovisuel n’est décidément pas un media comme un autre, encore moins sur Internet ou le simple re-Tweet d’une vidéo polémique peut exacerber son impact dévastateur. Et force est de constater que 2017 aura connu son lot de scandales sur YouTube, certains annonceurs découvrant avec stupeur que leurs publicités pouvaient se retrouver associées à des vidéos à caractère sexuel, voir pédophile, haineux, raciste ou ultra violent. Et cet écueil touche aussi la crème de la crème, en l’occurrence ceux estampillés « Google Preferred ». La goutte d’eau qui aura très certainement fait déborder le vase est la séquence du vidéaste américain Paul Logan. Cette star de YouTube a posté le 31 décembre 2017 une vidéo dans laquelle il se filme façon selfie auprès du cadavre d’un malheureux pendu qui venait de se suicider dans une forêt Japonaise.

Paul Logan s’est vu retiré immédiatement le label commercial « Google Preferred » qui monétise les 5% des chaînes les plus vues sur YouTube. Mais le scandale fut tel que Google est allé bien au-delà en dévoilant courant Janvier 2018 de nouvelles dispositions destinées à rassurer les annonceurs.

En effet, ce mois-ci aux États-Unis, puis en Mars dans le reste du Monde, il a été annoncé 2 choses, à savoir d’une part un nouveau système de modération qui visera à ce que des opérateurs humains plutôt que des robots visionnent les contenus des chaînes les plus populaires, et d’autre part, la mise en place de conditions plus restrictives pour que les vidéastes amateurs puissent prétendre toucher des revenus publicitaires.

Ceux-ci devront notamment désormais atteindre le seuil fatidique des 4.000 heures de vidéo vues au cours des 12 derniers mois, et totaliser de surcroît au moins 1.000 abonnés. YouTube ne cache pas que cela va affecter un grand nombre de ses contributeurs, tout en relevant tout de même que 99% des personnes qui se verront impactées ont de toute façon gagné moins de 100 dollars au cours des 12 derniers mois, et que 90% d’entre eux, ont touché moins de 2,50 dollars en décembre 2017.

Là où l’on peut raisonnablement s’interroger, c’est sur l’armée de modérateurs qu’il faudrait pour visualiser les 400 heures de programmes postés chaque minute sur YouTube…

Et comme si les polémiques de nature éditoriale n’y suffisaient pas, YouTube fait désormais l’objet depuis la fin janvier 2018 d’une nouvelle controverse que Google a d’ailleurs reconnue et admise. Profitant du fait que l’audience sur YouTube est massive, des pirates se sont payés des campagnes publicitaires masquant de dangereux virus qui leur servent à miner des Bitcoins.

Le principe est redoutable d’efficacité et de cynisme. Leurs publicités – respectables au demeurant puisque diffusées sur YouTube, et pour certaines évoquant même des antivirus – intègrent un programme appelé « Coinhive ». Celui-ci prend alors la main sur l’ordinateur du téléspectateur pendant toute la durée de visualisation d’une vidéo. Il l’utilise à son insu pour lancer un logiciel de minage de crypto-monnaies. Ce processus mobilise alors toute la puissance du processeur, au point que l’ordinateur s’emballe et que souvent le ventilateur se déclenche.

Selon des chercheurs de Trend Micro, les principaux pays touchés par ces attaques dites de « cryptojacking » seraient la France, l’Espagne, l’Italie, Taïwan et le Japon. Google a naturellement très vite réagi, confirmant être très attentif à la situation, et avoir désactivé les publicités incriminées en 2 heures.

Malgré tout cela, les chaînes gratuites historiques, notamment celles de la TNT gratuite en France, continuent à devoir faire face à la concurrence féroce des GAFA pour capter des budgets publicitaires pas forcément extensibles.

Les avantages inhérents au Broadcast restent certes majeurs, notamment sur le live, typiquement le Sport, mais ils pourraient s’estomper sous peu. En effet, selon toutes les projections, le délai de décalage, qui peut parfois frôler la minute entre la TNT et l’Internet, va finir par être totalement gommé.

C’est bien pour cela que les opérateurs Broadcast réagissent et s’attachent à enfin normaliser la Publicité Ciblée, évitant ainsi l’éparpillement stérile qui prévalait jusqu’ici autour de solutions contraignantes et façonnées au cas par cas. Le consortium Européen DVB (Digital Video Broadcast) vient d’ailleurs d’annoncer en Janvier 2018 avoir entériné le démarrage du Standard « Targeted Advertising » qui a vocation à se généraliser sur toute la Télévision Numérique. Ce Standard, dont les spécifications commerciales sont attendues d’ici le mois de Juin, verra ses spécifications techniques définies en lien étroit avec le Consortium HbbTV. Ce dernier est devenu le Standard mondial de facto de la Télévision Connectée. Au final, les premiers déploiements commerciaux de « Targeted Advertising » sont attendus pour 2020.

Cet enjeu est décidément crucial et majeur car il ne fait aucun doute que l’audiovisuel sur Internet offre déjà un profilage extrême aux annonceurs du monde entier.

D’ailleurs, des agrégateurs de contenus premium, comme Amazon, pourraient bien rafler la mise mondiale en offrant un triptyque complet et imparable aux marques, à savoir l’audience TV massive (via Amazon TV), la Publicité profilée (Via Amazon AWS et ses moteurs d’intelligence artificielle), puis d’un clic ou d’un mot la vente et la livraison de produits et de services (Via Amazon Prime).

 

 

 

L’OTA auditionné par le CSA – Charte jeux télévisés – 22 janvier 2018

                                        L’OTA auditionné par Le CSA

L’Observatoire de la Transformation Audiovisuelle (OTA) a été auditionné ce lundi 22 janvier 2018 par le groupe de travail du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) en charge des « Droits et libertés-Protection des consommateurs » placé sous la présidence de Mme Carole BIENAIME BESSE, M. Jean-François MARY et M. Nicolas CURIEN.

L’OTA a été invité à présenter ses travaux sur la Charte d’Ethique pour les jeux télévisés.

Le 21 novembre dernier, les acteurs du secteur de l’audiovisuel s’étaient réunis pour présenter un projet de charte d’éthique à la presse.
Les échanges de cet atelier avaient insisté sur la nécessité de faire en sorte que les doutes soient levés sur l’authenticité des jeux. Il avait ensuite été rappelé que dans un secteur où les enjeux financiers étaient considérables, le lien de confiance entre le public et les jeux télévisés était essentiel.
Bien que plusieurs lois aient été promulguées, et autant d’actions aient été entreprises, il existe encore un flou juridique sur le secteur des jeux à la télévision.
Cette initiative de l’OTA avait intéressé plusieurs acteurs du secteur, dont Canal Plus, et des membres du CSA également présents lors de cet atelier.

Le CSA a souhaité auditionner l’OTA sur sa charte d’éthique, et poursuivre la démarche entreprise quelques mois plus tôt.

L’OTA et le CSA avanceront ensemble sur ce projet, et mettront en œuvre tout au long des prochains mois des actions concrètes pour renforcer la confiance des Français envers leurs médias.

EDITO – ‘ Neutralité du Net : entre fantasmes et réalité ‘ par Laurent JABIOL

Laurent JABIOL est CMO (directeur marketing) de HyperPanel Lab, depuis 2012.
HyperPanel Lab a été créée en 1986, très vite la société a acquis une légitimité dans le domaine du multimédia. Elle est la créatrice d’un nouvel OS pour les objets connectés.
Son parcours
– 30 ans d’expérience dans la high-tech, dont 20 dans la Télévision Numérique. 17 brevets déposés.
– Co-fondateur, puis CEO pendant 10 ans de NEOTION, concepteur de micro-processeurs, et pionnier des Modules de sécurité et MPEG-4 pour les opérateurs TV et Télécom.
– Membre fondateur du Standard CI-Plus déjà déployé depuis 2008 sur plus de 500 millions de téléviseurs et décodeurs.

 

Neutralité du Net : entre fantasmes et réalité.

Le 14 décembre dernier, la Commission Fédérale Américaine des Télécom – autrement dit la puissante FCC – votait par 3 voix contre 2 la fin de la neutralité du Net. Il faut dire que le tout nouveau Président de la FCC – un certain Ajit PAI – y était notoirement opposé et que c’est singulièrement pour cela que Donald TRUMP l’avait récemment nommé à ce poste.

La FCC – qui était précédemment sous contrôle Démocrate – venait donc de briser le plus grand Tabou de l’Internet, à savoir remettre en cause cet espace préservé et jusqu’ici équitablement partagé de liberté et d’expressions, du moins en Occident.

Ainsi pour beaucoup, cela se résumait au fait qu’après le Climat, Donald TRUMP s’attaquait désormais sans vergogne à l’Internet en redonnant à ses amis milliardaires et aux puissants actionnaires qui contrôlent les géants des Télécoms Américains, le pouvoir de décider eux-mêmes des contenus et des APPs qui bénéficieraient de toutes leurs attentions.

Il n’en fallait d’ailleurs pas plus pour que dès le lendemain de l’annonce de la FCC Américaine, l’émotion suscitée soit telle qu’elle conduise notre Ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves LE DRIAN à se sentir obligé d’assurer publiquement que la France « continuera à défendre le principe de la neutralité du Net ».

Il faut dire que Donald TRUMP semblait avoir déjà fait des émules jusque chez nous puisque dès le 11 décembre, le PDG d’ORANGE plaidait lui-aussi pour qu’on le laisse déployer un Internet à plusieurs vitesses. Stéphane RICHARD a effectivement déclaré dans une interview à BFM Business qu’il devenait indispensable de permettre aux opérateurs télécom, dans la perspective de la 5G et donc de l’obligation consubstantiel à devoir gérer des applications industrielles vitales – par exemple les voitures autonomes – de proposer « des Internet particuliers en termes de latence, en termes de vitesse […] avec des fonctionnalités, des puissances, et des qualités différentes ».

Bien avant lui, FREE le premier avait dès 2012 été suspecté d’avoir donné des coups de canifs à la sacrosainte neutralité du Net en bridant volontairement les débits alloués aux abonnés pour accéder à des services tels que YOUTUBE. Le problème a alors été jugé suffisamment sérieux pour que l’UFC Que Choisir saisisse immédiatement l’ARCEP (Régulateur des Télécom) et la Répression des Fraudes.

Mais par-delà les vicissitudes des relations qui ont pu exister entre GOOGLE et FREE, et aussi d’autres opérateurs Télécoms, la régulation des contenus audiovisuels disponibles sur le Net concerne aussi et même surtout les opérateurs de services audiovisuels.

Il faut dire qu’historiquement, les bouquets de télévisions, par le truchement des décodeurs opérateurs et des logiciels qu’ils mettent en œuvre, ont toujours régenté seuls le choix et l’ordre des chaines proposées aux téléspectateurs. La numérotation de la TNT est édictée par le CSA, tandis que les plans de services des opérateurs satellites ignorent dans leur scan des centaines de chaînes gratuites qui sont pourtant disponibles sur la parabole. Les premiers services de TV sur ADSL ayant été offerts en multicast sur des décodeurs (couplés aux Box Internet), il n’y avait pas de problème non plus. Mais avec l’OTT qui a permis de recevoir des chaînes TV en streaming et de la VOD sur n’importe quel PC, et ce sans décodeur, la problématique de la neutralité du Net s’est posée brutalement aux opérateurs audiovisuels.

Rappelons à cet égard qu’en Mai 2013, Pierre LESCURE a remis au Gouvernement un épais Rapport intitulé « Contribution aux politiques culturelles à l’ère numérique » dans lequel il exposait – et ce sans pouvoir être taxé de Trumpisme – que « pour les services culturels en ligne les plus vertueux, une priorité dans la gestion des débits pourrait être envisagée, sous le contrôle de l’ARCEP, et dans le respect des règles qui seront adoptées concernant la neutralité du Net ». À mots couverts, il préfigurait le lobbying de CANAL+ qui 1 an plus tard a tenté en vain d’endiguer la déferlante annoncée de NETFLIX. Rodolphe BELMER avait effectivement déclaré en marge du Festival de Cannes 2014 qu’il tentait d’obtenir des Autorités Françaises qu’elles imposent aux FAI nationaux de rendre prioritaires les flux vidéo de CANAL+, et ce au prétexte qu’une « concurrence déséquilibrée est en train de s’établir en termes de fiscalité, en termes d’obligations, en termes de masse et d’investissements », et que c’est précisément pour cela qu’il convenait de « créer des avantages compétitifs pour des acteurs comme nous », à savoir ceux qui financent le Cinéma Français et notre précieuse exception culturelle.

Depuis, le temps a inexorablement fait son œuvre et NETFLIX a pris une telle ampleur qu’ils n’ont même pas daigné s’opposer ni même s’émouvoir du vote de la FCC, arguant ouvertement qu’ils n’en avaient d’ailleurs plus besoin tant leur service était devenu incontournable. Faut-il rappeler que NETFLIX occupe à lui seul plus de 30% du trafic Internet aux Etats-Unis (hors pics de connexion).

Revenons donc au vote historique de la FCC du 14 décembre 2017 et tentons autant que faire se peut d’arrêter de penser que ce serait juste une nième provocation de Donald TRUMP, car en l’occurrence ce n’en est pas une.

En 2015, sous l’ère Barack OBAMA, la FCC alors sous contrôle Démocrate s’était arrogé le droit – et en définitive l’obligation – de veiller scrupuleusement au respect de la neutralité du Net. A cette époque, NETFLIX avait fait un intense lobbying en menant la charge pro neutralité du Net. Se faisant, la FCC n’a eu d’autre alternative que de poursuivre en justice l’opérateur AT&T accusé d’avoir enfreint cette règle mystique au travers de son offre commerciale « ZERO RATING ». Celle-ci consistait pour AT&T à ne pas décompter du forfait data de ses abonnés mobiles l’accès aux flux vidéo de sa filiale DIRECT-TV (l’équivalent américain de CANAL-SATELLITE).

C’est finalement de l’incertitude juridique induite par la contre-attaque d’AT&T qu’a germé l’idée qu’il n’était décidément pas du ressort de la FCC de devoir s’immiscer dans les pratiques commerciales des opérateurs privés. Au final, et ce dans la logique de toujours des Républicains Américains, ce sera aux clients seuls de décider. Sam WALTON, le chantre du Libéralisme et fondateur des Hypermarchés WALMART, aimait d’ailleurs à rappeler qu’« il n’y a qu’un seul patron: le client. Il peut licencier tout le personnel, depuis le directeur jusqu’à l’employé, en allant dépenser son argent ailleurs ».

Alors de quoi s’agit-il ? Tout d’abord, il convient de rappeler que le vote de la FCC n’engage que les Opérateurs Américains pour leurs seules activités sur le territoire des États-Unis. Donc inutile de s’en émouvoir plus que ça, et ce pas d’avantage que nous ne nous sommes jamais insurgés du fait que les forfaits mobiles coûtent 5 fois plus cher aux Etats-Unis qu’en France (selon une étude récente du cabinet Arthur D Little sur les abonnements 3G/4G sans engagement, ni mobile).

En tout état de cause, la prétendue neutralité du Net n’est peut-être finalement qu’un leurre.

Au prétexte de ne surtout pas fouiller et d’avoir à discriminer les contenus, personne ne peut induire la responsabilité sous-jacente des opérateurs télécoms et des plate-formistes Internet dans le piratage massif, notamment le streaming des évènements sportifs majeurs. En outre, l’Internet étant devenu au fil du temps un vaste hypermarché où les plate-formistes comme Facebook ou Amazon règnent en maîtres sur le trafic en créant des sous-ensembles captifs, le choix des internautes que les GAFA happent se restreint d’autant. On n’a d’abord le choix qu’entre les APPs star pré-chargées en usine ou sur les mises à jour, dont certaines comme UBER bénéficient en outre de privilèges forts qui leur donnent accès à des fonctions natives des smartphones normalement réservées aux seuls éditeurs d’OS que sont APPLE ou ANDROID.

Le phénomène des plateformes et des APP stores envahie peu à peu tous les domaines, y compris l’audiovisuel avec la percée d’ANDROID TV dans les décodeurs et les téléviseurs connectés, mais aussi au travers de la rumeur croissante qui prête à APPLE l’envie de racheter NETFLIX. Et que dire de FACEBOOK ou AMAZON qui sont de plus en plus impliqués dans l’édition de contenus audiovisuels et dans l’acquisition de droits TV majeurs ? Aucun de ces GAFA ne craint la remise en cause de la neutralité du Net tant leur domination est devenue telle que les abonnés Internet eux-mêmes ne sauraient accepter de payer plus leur accès Internet pour en profiter pleinement.

Que dire enfin du fait que les experts eux-mêmes estiment que le moteur de recherches de GOOGLE ne référence que 10% de l’Internet ; la taille des données non répertoriées sur le DEEPWEB représentant à elle-seule 400 à 550 fois celle du WEB classique ? N’est-ce pas une atteinte flagrante à la notion même de neutralité du Net ?

Et ce n’est pas l’Intelligence Artificielle qui va aider à rendre le Net plus neutre…. Au contraire, cela va forcément limiter et orienter les choix des utilisateurs qui se verront guidés vers des contenus certes parfaitement profilés, mais ce parmi un choix totalement sous contrôle et par définition toujours plus restreint et mercantile.

Au final, le vrai problème avec le vote retentissant de la FCC, c’est d’abord le très mauvais message envoyé au monde. En mettant fin à la neutralité du Net, les États-Unis – à savoir le pays qui se proclame depuis toujours le champion de la liberté et qui régente aussi le WEB au travers de l’ICANN – donnent des justifications inespérées aux dictateurs, en Afrique ou ailleurs, pour évoquer l’exemple Américain et bloquer certains sites en cas de besoin…

Dans un monde de plus en plus aseptisé où des Desproges et Coluche auraient probablement bien du mal à refaire certains de leurs sketches, le combat pour la neutralité du Net est donc une digue qu’il nous convient de préserver pour ce qu’elle induit, plus que pour ce qu’elle est.

 

 

 

Les voeux de l’OTA pour 2018

365 nouvelles journées – 365 nouvelles opportunités
Toute l’équipe de l’OTA vous souhaite une excellente année 2018 !

Vous avez été nombreux à rejoindre l’Observatoire de la Transformation Audiovisuelle depuis sa création.

La qualité des échanges et la diffusion de nos travaux montrent que nous avions fait le bon diagnostic :
les mutations du secteur des métiers de l’image exigent de renouveler nos modes de travail et la façon dont nous pensons nos métiers.

L’OTA a été créé pour vous accompagner dans ce défi.

2018 sera pour nos activités une année de très forte accélération !

Nous avons hâte de vous retrouver, échanger et avancer avec vous !

L’équipe de l’OTA